Arrière-plan économique

On ne peut entreprendre la science économique moderne sans savoir un peu ce qu’est l’économie. Mais qu’est ce que « l’économie » ? Un simple coup d’oeil à la rubrique économique d’un magazine, d’un journal, ou aux pages d’une revue spécialisée fait apparaître une multitude d’éléments les hausses et les baisses des valeurs boursières, les faillites d’entreprises ou leur prospérité, le récit d’incompréhensibles « fluctuations sur le marché des changes , des articles écrits par de grands hommes d’affaires, des histoires de chômage ou d’inflation » .

Quelle est l’importance relative de tout cela ? Comment se frayer un chemin au milieu de cette foule d’informations pour parvenir à une image identifiable de l’économie ?

Les deux mondes des affaires

Nous savons évidemment par où commencer. L’entreprise se situe au cour même d’un système économique de propriété individuelle et de relations de marché. Jetons donc avant tout un regard sur le monde des affaires.

Il existe au moins deux mondes des affaires. Le premier, constitué surtout d’entreprises appartenant à une seule personne en toute propriété, ou à plusieurs associés, est le monde de la petite entreprise, avec un chiffre d’affaires brut annuel inférieur à 100 000 dollars. Il existe aussi, bien sûr, de petites sociétés anonymes, et il y a de très grosses affaires en toute propriété ou en nom collectif. Mais la caractéristique principale reste ici la petite dimension. C’est là que nous trouvons la plupart des entreprises qui figurent dans les pages jaunes des annuaires, la grande majorité des exploitations agricoles, d’innombrables boutiques familiales, restaurants, petits hôtels, cinémas, épiceries, commerces de toutes sortes soit 95%environ des entreprises du pays.

La petite entreprise est la partie du monde des affaires qui nous est la plus familière. Nous comprenons le fonctionnement d’une quincaillerie, alors que nous n’avons qu’une idée très vague de la gestion de General Motors. Mais deux autres raisons justifient cette attention : d’abord, la petite entreprise est l’employeur d’une part substantielle, un tiers environ de la population active. Ensuite, le point de vue du propriétaire d’une petite entreprise exprime directement la position socioéconomique d’environ un ménage sur deux : le monde de la petite entreprise est donc la source d’une bonne part de l’opinion des classes moyennes.

Mais nous venons de voir appraître un autre monde des affaires, celui que l’on trouve essentiellement représenté par les sociétés anonymes. Comparons le chiffre d’affaires moyen de ces sociétés à celui des entreprises individuelles ou en nom collectif : le rapport dépasse, respectivement, 50 à 1 et 10 à 1. Mais ces chiffres mêmes dissimulent la différence extraordinaire qui sépare la très grosse entreprise de la petite entreprise. Au sein de l’univers des sociétés anonymes, 90 % d’entre elles réalisent moins d’un million de dollars de chiffre d’affaires par an, mais les 10 % restants s’approprient 88 % du total des encaissements réalisés par toutes les sociétés anonymes.

On voit cohabiter un monde de petites entreprises très nombreuses, et un autre monde d’énormes entreprises, beaucoup moins nombreuses. Quelle est l’importance de ce second univers ? Imaginons que l’on classe comme grosse entreprise toute société anonyme dont l’actif représente plus de 250 millions de dollars. Il en existe près de 3 000 aux États Unis, dont la moitié dans la finance, assurances et banques essentiellement. Un quart est constitué de sociétés industrielles. Le reste se trouve dans les transports, les services publics, les communications, le commerce. Pour donner une idée de l’échelle générale, précisons que la plus grosse entreprise américaine est AT & T (American Telephone and Telegraph Company) dont l’actif, en 1980, s’élevait à 126 milliards de dollars et le chiffre d’affaires à 51 milliards de dollars. La plus grosse société industrielle est Exxon, avec plus de 56 milliards de dollars d’actif et un chiffre d’affaires de 103 milliards de dollars. Ces deux sociétés regroupent probablement une richesse (un actif) aussi importante que les 10 millions d’entreprises individuelles de la nation américaine.

On trouve de grandes entreprises dans tous les domaines, mais en particulier dans le secteur industriel où la production joue un rôle prédominant.

Ces chiffres font apparaître une fois encore la division du monde des affaires en deux. Les 500 plus grosses entreprises 0,1 % du nombre total, représentent plus de 80 % du chiffre d’affaires. Si nous prenions les 100 plus grandes sociétés, nous pourrions constater qu’elles assurent près de la moitié du chiffre d’affaires total du secteur industriel.

La grande entreprise exerce donc sa domination sur de nombreux secteurs de marché, et nous étudierons les problèmes que cela fait naître. Mais nous n’en sommes encore qu’à l’établissement des faits. La grande entreprise est elle aussi un gros employeur ? Cela varie d’un domaine à l’autre. Dans la production industrielle, les 500 premières sociétés emploient environ 75 % de la main d’oeuvre de ce secteur. Dans le commerce de détail, les 50 premières sociétés emploient environ 20 % du total. Dans l’ensemble, un tiers à peu près de la population active des États Unis est employé par une société répondant à la définition de la grande entreprise. Autrement dit, les 800 premières entreprises de production industrielle, de transport, de services publics, de finance et de commerce de détail emploient à peu près autant de monde que les 14 millions d’entreprises individuelles, de sociétés en nom collectif et de petites sociétés anonymes.