Renvoi
Une décision de renvoi est rarement soudaine, à moins qu’elle ne soit motivée par des raisons économiques, qui touchent moins les cadres et les responsables que les autres catégories d’employés. Le renvoi est le plus souvent le résultat d’une détérioration progressive des relations personnelles entre un supérieur et l’un de ses collaborateurs.
Il vaut mieux prévenir que guérir. Si la crise menace ou que les critiques fusent, il est tout à fait légitime de provoquer une explication franche entre les intéressés. Elle gagne à séparer clairement les griefs professionnels des reproches personnels qui ne justifient pas à eux seuls un renvoi. Toute explication directe doit être mise à profit pour répondre aux accusations qui ont été formulés, en évitant la mauvaise foi évidente et la dissimulation des faits. Si elle intervient après l’annonce officielle d’un licenciement pour faute, le droit prévoit de toute manière que l’intéressé puisse s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés.
Si ce genre d’explications ne suffit pas à écarter la décision de renvoi, la personne qui en est l’objet peut faire valoir tous les recours que lui ouvre le droit ; une telle décision relève de la procédure et n’a plus rien à voir avec le savoir vivre, sinon que le plaignant n’a aucun intérêt à laisser croire à l’arbitre ou au juge que la décision de renvoi qui le frappe est en partie la conséquence de son attitude acariâtre.
La décision de licenciement une fois confirmée, il est préférable de rechercher le modus vivendi, de dédramatiser la situation afin de rendre les derniers moments passés dans l’entreprise supportables.
Dans le cas où vous seriez en position de décider du renvoi d’un collaborateur, ne faites pas de ce pouvoir une épée de Damoclès, dont la menace perpétuelle nuirait à la franchise des relations. Si vous jugez inévitable une telle éventualité, sachez mettre en garde l’intéressé éventuel dès que vous constatez des errements inacceptables ou une faute grave. Laissez toujours un délai de rachat, en n’hésitant pas à en faire un point d’honneur et une question de principe.
Que l’on soit démissionnaire ou renvoyé, il convient de faire son travail correctement jusqu’au bout, même si personne n’est en droit d’exiger d’une personne licenciée le même zèle que des collaborateurs maintenus dans leurs fonctions. La législation du travail, très détaillée sur ce thème, prévoit des plages de temps afin que les personnes licenciées et démissionnaires puissent chercher un nouvel emploi pendant les heures de travail. Il est préférable d’user de cette facilité en tenant compte des contraintes de l’entreprise.
On ne se marie pas pour divorcer. Mais si le divorce se produit, il n’est pas utile d’en faire une catastrophe. Rien ne vous interdit de partir en bons termes avec vos anciens collègues.
Les relations au sein d’une équipe de travail gagnent à reposer sur une confiance totale entre ses membres permanents. Pour éviter tous les travers des épisodes qui viennent d’être décrits certains proposent de concrétiser cette confiance réciproque par un acte initial. Jean Michel Meyssignac n’hésite pas à recommander à certains de ses étudiants de remettre à leur supérieur une lettre de démission en blanc, dès qu’ils se voient confier des responsabilités importantes. Celui ci peut dès lors considérer pouvoir compter sur l’entier dévouement de son jeune collaborateur, quitte à se séparer unilatéralement de lui s’il s’estime trahi.
Ce rite excessif montre jusqu’où peut aller la relation de confiance implicite qui sous tend les rapports entre des professionnels responsables. Les cas sont heureusement rares où un dirigeant en vient à imposer une telle pratique. Les affaires ne ressemblent pas à la politique ; sous la République, le président n’a pas d’autre moyen, en cas de désaccord grave avec son Premier ministre, que de lui demander de remettre lui même sa démission. On raconte que, depuis de Gaulle jusqu’à Giscard d’Estaing, tous les Premiers ministres ont dû se plier à cette règle et signer une lettre en blanc. On ignore si la cohabitation a maintenu cette pratique !
En revanche, les lettres de démission, plus fréquentes qu’on ne le croit, imposées aux femmes au cas où elles seraient enceintes, relèvent de la goujaterie et de l’illégalité.