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 La finalité et les objectifs de l’entreprise

LA FINALITÉ

La finalité de l’entreprise est la raison pour laquelle a eu lieu sa création. Toutes les entreprises ont la même fonction économique générale qui est la satisfaction des besoins du marché par la production de biens et services. Mais cette fonction n’est pas le but que poursuivent les fondateurs et dirigeants de l’entreprise. La production de biens et services ne satisfait pas leurs propres besoins, car ils ne sont pas les consommateurs de leur production. La fonction économique n’est que l’un des moyens de réaliser la finalité que se proposent les dirigeants et les fondateurs.

Ainsi la finalité varie selon le type d’entreprise et le système social dans lequel elle se trouve. Dans les entreprises capitalistes, fondées et dirigées par des apporteurs de capitaux, le but est l’obtention du maximum de profit. Le profit est ce qui reste pour les associés après paiement de toutes les charges. En fait, c’est surtout le taux de profit, rapport du profit obtenu aux capitaux engagés, qui intéresse les capitalistes. Ce taux s’appelle le taux de rentabilité des capitaux.

Cependant certains économistes considèrent que dans les grandes entreprises, il y a dissociation entre les apporteurs de capitaux (c’est à dire les propriétaires) et les dirigeants. Les objectifs que se fixent les dirigeants ne correspondent pas nécessairement à la recherche du taux de profit maximum. Les objectifs recherchés peuvent être l’indépendance financière, la sécurité, les avantages en nature, la rémunération, le pouvoir, le prestige, la croissance de l’entreprise, la satisfaction de la clientèle ou du personnel.

Cette analyse ne traduit qu’une fraction de la réalité. En fait, dans les grandes entreprises, il y a dissociation entre deux catégories d’associés :

  • les associés possédant peu de capital qui, ne pouvant intervenir dans la gestion de l’entreprise, se contentent de percevoir annuellement la fraction des bénéfices qui leur revient
  • les associés majoritaires qui, détenant beaucoup de capital, constituent les organes de direction. Les dirigeants qui prennent les options essentielles restent ainsi des capitalistes et le mobile du profit reste pour eux prédominant.

Dans les pays à économie de marché, certaines entreprises sont créées avec des finalités très différentes. Ainsi les coopératives et certaines entreprises publiques ont pour but le service rendu à la collectivité (entreprise publique) ou à une communauté particulière de travailleurs ou de consommateurs (coopérative). Dans les économies socialistes planifiées (U.R.S.S., démocraties populaires), les entreprises ont pour finalité la réalisation des objectifs qui leur sont assignés par le Plan.

L’INSTITUTIONALISATION DE L’ENTREPRISE

En se plaçant, non plus dans une optique descriptive, mais dans Une optique doctrinale, certains économistes ont tenté de dissocier les buts de l’entreprise de ceux de ses dirigeants en faisant de l’entreprise une institution, dont la finalité serait double :

  • la créativité économique, c’est à dire la fabrication et le renouvellement continu des biens et services destinés au marché ;
  • la distribution de satisfactions aux divers groupes qui interviennent dans le fonctionnement de l’entreprise
  • apporteurs de travail : rémunération élevée et croissante, intérêt du travail, formation professionnelle, épanouissement personnel ;
  • apporteurs de capital : rémunération des capitaux investis ;
  • clientèle : biens de qualité, adaptés aux besoins, prix en baisse, information sur les produits, services ;
  • fournisseurs : assurance de débouchés à un prix rémunérateur ;
  • État et collectivités locales : création d’emplois, respect de la législation, du plan et des objectifs économiques, versements d’impôts pour le financement des infrastructures ;
  • public : protection et sauvegarde du milieu.

Ainsi l’institution (entreprise) doit assumer simultanément une double fonction économique et sociale. Cette analyse trouve son prolongement dans la méthode des comptes de surplus (1) qui s’efforce de déterminer comment chacune des parties prenantes a participé, chaque année, à la répartition des gains de productivité obtenus par l’entreprise :

  • augmentation des salaires, pour les salariés, 
  • baisse des prix de vente, pour la clientèle, 
  • augmentation des prix des achats, pour les fournisseurs, 
  • accroissement des prélèvements fiscaux, pour l’État, 
  • augmentation des profits et des intérêts, pour les apporteurs de capitaux.

Cependant, dans les pays capitalistes, et particulièrement en France, l’entreprise ne constitue pas une institution. Il n’y a pas, en particulier, de définition juridique de l’entreprise. La conception institutionnelle est supplantée par la conception contractuelle qui fonde la détention du pouvoir et l’appropriation du profit sur la propriété des moyens de production. Le droit ne connaît que des sociétés et non des entreprises.

Ainsi l’entreprise individuelle n’est qu’un élément du patrimoine de son propriétaire. Dans l’entreprise sociétaire, il y a un contrat fondamental : le contrat de société par lequel les apporteurs de capitaux, et eux seuls, obtiennent le pouvoir de décision et le droit à l’intégralité du profit. Après sa constitution, la société recourt à de nombreux autres contrats, dont le contrat de travail pour se procurer de la main d’oeuvre. Mais les contractants restent à l’extérieur de l’entreprise : ils n’ont pas de pouvoir de décision ; ils n’ont qu’une rémunération forfaitaire.

L’entreprise capitaliste repose ainsi sur la coupure entre les propriétaires disposant seuls du pouvoir et du profit, et les salariés placés dans une situation de subordination et de dépendance.

La conception institutionnelle de l’entreprise, prônée par certains théoriciens, tend toutefois à entrer progressivement dans la législation, au profit des salariés de l’entreprise qui ont obtenu :

  • un droit d’information sur le fonctionnement de la firme grâce au comité d’entreprise :
  • un droit d’attribution d’une fraction du bénéfice dans le cadre de la « participation aux fruits de l’expansion » (ordonnance du 1 7 août 1967), bien que ce droit soit presque intégralement financé, en fait, par l’État sous forme de réductions d’impôt consenties aux sociétés :
  • un droit protecteur contre l’arbitraire patronal, sous forme de législation du travail, notamment en ce qui concerne le licenciement et l’exercice des droits syndicaux :
  • le droit de participer aux décisions qui existe partiellement en Allemagne Fédérale avec (a « cogestion », mais reste à l’état de projet timide en France (co surveillance du rapport sur la réforme de l’entreprise).

En l’état actuel des structures sociales et juridiques, la finalité de l’entreprise capitaliste reste donc celle des dirigeants et fondateurs c’est à dire le profit ou le taux de profit. Les buts poursuivis par les autres membres de l’entreprise ne sont que des contraintes que les dirigeants sont amenés à introduire dans leurs choix.

Les autres types d’entreprises se rapprochent davantage de la conception institutionnelle, notamment :

  • l’entreprise publique et la coopérative, en pays capitaliste à économie de marché,’
  • l’entreprise socialiste en économie planifiée (U. R.S.S.) ;
  • l’entreprise socialiste autogérée en économie de marché (Yougoslavie) dans laquelle les moyens de production appartiennent à l’État, les décisions dans l’entreprise étant le fait du personnel qui élit les organes de direction dans le cadre d’une réglementation d’ensemble établie par l’État.

LES OBJECTIFS

La finalité est un idéal abstrait qu’il faut concrétiser dans des objectifs, pour faire fonctionner l’entreprise. L’objectif est, au contraire, un but concret et accessible à moyen terme. Précisément parce qu’il est concret et accessible, l’objectif a un effet mobilisateur sur les membres de l’entreprise. La mise en place des objectifs constitue donc une double technique de motivation et de coordination.

Les objectifs sont d’abord fixés au niveau de la direction générale qui peut adopter des objectifs stratégiques consistant à introduire un changement important pour agir sur l’environnement (création d’un produit nouveau, nouveau procédé de vente) ou des objectifs tactiques d’adaptation au changement imposé de l’extérieur (vendre sous emballage perdu pour répondre aux désirs de la clientèle). Au niveau de la direction générale, les objectifs sont à (a fois qualitatifs (produit nouveau) et quantitatifs (rentabilité de 10 % des capitaux).

Dans une entreprise convenablement gérée, il doit y avoir une pyramide d’objectifs imbriqués les uns dans les autres. Les objectifs d’un échelon hiérarchique constituent un moyen de la réalisation de l’objectif du niveau hiérarchique supérieur. Ainsi un objectif de x % de taux de rentabilité des capitaux peut se décomposer en deux sous objectifs de baisse de y% des coûts et d’accroissement de z % des ventes. Finalement tous les objectifs sont des moyens lorsqu’ils sont envisagés d’un niveau hiérarchique supérieur à celui auquel ils se rapportent. Seuls les objectifs de direction générale ne sont pas des moyens de réalisation d’autres objectifs, mais ils constituent un instrument de réalisation de la finalité.