Donner aux jeunes leur juste place
L’accès à des responsabilités accaparantes fait souvent oublier à leurs titulaires les difficultés de leurs débuts. Le savoir vivre des aînés consiste à tenir compte des difficultés spécifiques des jeunes qu’ils peuvent être amenés à recruter. Jacques Ponsard, le jeune créateur de la société de conseil en communication Lectika, note sur la base de sa propre expérience difficile que « bien peu d’entreprises laissent aux jeunes la possibilité de passer des caps ». Si l’appétit souvent vorace de certaines recrues doit être tempéré, il ne doit pas être pour autant ignoré par un dirigeant soucieux de conserver auprès de lui les meilleurs.
Est ce parce qu’il connut tôt la réussite que Marcel Bleustein Blanchet offre l’exemple d’un dirigeant sachant, dans la maturité, laisser le champ libre aux ambitions de certains de ses jeunes collaborateurs ? Bien qu’il n’acceptât pas toujours les solutions qui lui furent proposées pour Publicis, il leur permit en tout cas de se faire une place au soleil. Ainsi jean Feldman, Philippe Calleux ou encore Jacques Séguéla purent créer leurs propres agences, sans trouver en travers de leur chemin la puissance établie de Publicis. Ce respect de l’ambition et de l’innovation, le fondateur de Publicis en donna un brillant exemple quand, dans les années 70, il s’opposa à ses plus proches collaborateurs, qui se proposaient de scinder l’agence Publicis Conseil en une myriade de petites unités indépendantes. La tentative réussie d ’Havas poussait dans cette direction. L’un des principaux arguments justifiant le refus de Bleustein Blanchet fut que la nouvelle structure viendrait concurrencer de manière déloyale les petites agences que certains de ses anciens poulains avaient créées avec succès.
Face aux jeunes et aux ambitions souvent fougueuses de leur âge, un dirigeant doit avoir la « générosité », pour reprendre l’expression de Daniel Jouve, de les comprendre en tant qu’hommes. Saisir dans la mesure du possible, les motivations profondes des jeunes au delà de leurs résultats concrets, leur besoin de réalisation personnelle au delà de leurs capacités techniques.
Pour y parvenir, les entretiens organisés à intervalles réguliers, destinés à faire le bilan du travail accompli, ne sont pas suffisants. Il faut plutôt mettre à profit toutes les occasions de contacts personnels, souvent informels, pour appréhender leurs ambitions réelles. Les principales qualités d’un dirigeant ou d’un chef d’équipe sont sa capacité d’écoute, sa faculté d’animer et d’enthousiasmer les collaborateurs qui l’entourent et son sens critique pour jauger la pertinence des ordres qu’il donne et des objectifs qu’il fixe.