Le stage : grand départ par la petite porte
Par le biais des « junior entreprises », les élèves des écoles de commerce apprennent à se comporter comme des responsables avant même de se voir confier des responsabilités liées à un poste. Suivant l’exemple d’IBM ou de Procter et Gamble, nombreux sont les groupes industriels et les sociétés de service qui présélectionnent un grand nombre de jeunes diplômés de formations variées, frais émoulus des universités et des grandes écoles. Une technique professionnelle générale leur est enseignée pendant une phase initiale qui permet d’apprécier la personnalité des candidats sur le terrain. L’embauche définitive n’intervient qu’au bout de quelques mois, et n’est pas garantie. Les stages, qui étaient autrefois un faire valoir venant compléter une formation par ailleurs très théorique, sont souvent aujourd’hui un moyen de se glisser indirectement dans une entreprise qui a limité les embauches nouvelles, du moins officiellement.
Cette évolution impose aux jeunes, encore étudiants, d’adopter une attitude plus professionnelle et plus ouverte dès leurs premiers contacts avec la vie active. Il faut souvent aujourd’hui se trouver un stage par soi même, à la force du poignet, ce qui suppose de se faire ses propres relations, de se présenter aux entreprises directement si l’on ne dispose pas, par ailleurs, de relations familiales étendues.
L’importance du savoir vivre s’en trouve renforcée et tend à devenir un complément indispensable de l’affirmation de la compétence, qui s’ébauche progressivement à coups de diplômes et de stages. L’entregent, la capacité à communiquer et à se faire connaître tendent même à devenir un préalable à l’expression de la compétence. Dans un climat d’embauche fortement concurrentiel, l’affirmation des qualités personnelles se révèle un atout essentiel.
Dans certains cas limites, cette mise en avant de l’équation personnelle du candidat peut déboucher sur une véritable campagne individuelle de relations publiques. Un étudiant qui venait d’échouer au concours d’entrée de l’ENA eut l’idée géniale, il y a quelques années, de faire la publicité de son échec en achetant un espace dans les pages d’annonces du Monde. Son message : mon échec et ma démarche sont le signe de mon ambition et de mes capacités. Sa tentative de retourner l’échec en succès se révéla payante ; il reçut plusieurs dizaines de propositions sérieuses avant de porter son choix sur un poste de direction à l’exportation dans un groupe automobile.
Ainsi, la mobilité professionnelle permanente tend à l’emporter sur les candidatures ponctuelles à tel ou tel poste. L’entrée dans la vie active s’apparente de plus en plus à une course d’obstacles qui s’étale au mieux sur plusieurs mois. Elle exige de faire montre de sang froid et de disponibilité. Elle oblige à combiner un professionnalisme de chaque instant et une attitude décontractée.