Le salaire : une négociation délicate
Nombre d’annonces prient les candidats d’indiquer précisément leur niveau de rémunération actuel. Cette exigence est mal comprise par les Français qui y voient une incursion injustifiée dans leur vie privée. Cette attitude face à l’argent fait de plus en plus « vieux jeu » : à priori, ne pas mentionner ce qui est spécifié peut conduire au rejet immédiat de la candidature dès que le nombre de réponses devient important. Tel dirigeant, chargé occasionnellement du recrutement de jeunes collaborateurs de haut niveau, nous a confié avoir reçu parfois plus de six cents réponses à une annonce. Son mode de dépouillement est des plus simples : il écarte en premier lieu les dossiers sales ou illisibles, puis ceux qui ne répondent pas aux termes de l’annonce, et notamment ne mentionnent pas la rémunération.
Si l’offre d’emploi demande de préciser la rémunération souhaitée, il est alors clair qu’il ne s’agit pas d’un niveau de rémunération effectif mais d’un objectif, qui sera interprété comme le signe des ambitions du candidat. Placer la barre trop bas peut être aussi fatal que placer la barre trop haut. Dans le doute, il est tout à fait normal et logique de se renseigner discrètement auprès d’amis et de confrères travaillant dans ce secteur. Cette démarche permet également de connaître l’état du marché. Elle sert aussi à repérer les entreprises qui embauchent au rabais. Dans la mesure où l’établissement d’un niveau de rémunération relève d’une négociation, à l’exception des grandes entreprises prisonnières d’un cadre hiérarchique et d’une grille de salaires rigide, le jeu consiste à placer la barre légèrement plus haut que la rémunération réellement escomptée, ce qui permet de pouvoir faire preuve de souplesse au moment de la négociation finale du salaire. Poussant jusqu’à l’absurde, un cadre moyen a littéralement raté un poste de direction en refusant toute discussion sur le niveau de salaire qu’il exigeait. Sa préoccupation était davantage tournée vers la respectabilité attachée au salaire envié que vers les possibilités d’évolution.
Jouez donc la transparence, même si certains ouvrages spécialisés énumèrent les raisons de ne pas indiquer le niveau de salaire souhaité. Il est possible de contourner l’obstacle à une telle demande en mettant en avant ses « prétentions » non en termes pécuniaires mais en termes d’objectif de carrière. Les ambitions peuvent transparaître dans une lettre sans être traduites en kilofrancs.
Ne vous inspirez pas systématiquement des fourchettes de salaires publies par les grands magazines d’information économique. Elles :ont souvent surévaluées, notamment pour les jeunes cadres diplômés. En revanche, il peut être utile de les avoir en tête pour discuter du salaire lors d’entretiens directs.
Les salaires se négocient toujours en brut annuel, et non en net mensuel, même au cours de l’entretien. Il faut donc savoir jongler avec les chiffres.
Toutes les règles souffrent d’exception, à titre d’exemple cette femme juriste cadre supérieur ayant dépassé la cinquantaine, et qui répond systématiquement à toutes les annonces qui l’intéressent. Elle se refuse à joindre une photo et à mentionner la rémunération qu’elle désire obtenir, quand bien même ces éléments semblent être des conditions indispensables à l’obtention d’un rendez vous. Elle affirme avoir toujours été convoquée aux entretiens. C’est ainsi qu’elle a été embauchée voici quelques années par une entreprise qui recherchait un jeune juriste, docteur en droit », alors qu’elle était juriste confirmée, licenciée en droit.