Problèmes multinationaux
Non seulement les multinationales ont changé la face de l’activité économique internationale, mais elles ont aussi accentué considérablement le problème du contrôle des économies nationales. Supposons qu’un pays veuille ralentir son économie par l’intermédiaire de politiques monétaires conçues pour réduire les dépenses concernant la capacité de production. L’effet d’une politique monétaire restrictive à l’échelle nationale peut être annulé par la possibilité pour une multinationale d’emprunter à l’étranger afin de financer ses investissements nationaux. Inversement, une politique monétaire conçue pour stimuler l’économie nationale peut se traduire par des prêts ayant pour effet d’accroître la production dans une autre économie. Ainsi, l’efficacité de la politique économique nationale se trouve affaiblie. En outre, il n’est pas facile de promouvoir une coordination des politiques monétaires entre les pays, parce que les besoins économiques des différents pays ne sont pas nécessairement les mêmes : ce qui est bon pour l’un à un moment donné peut être mauvais pour l’autre.
Les revendications jalouses des États nations qui cherchent à conserver une mainmise nationale sur l’activité de production à l’intérieur de leurs propres frontières, et la puissante poussée des sociétés pan nationales à la recherche de nouveaux marchés dans des territoires étrangers, sont à l’origine de tensions internationales profondes, et c’est peut être là un aspect encore plus important. D’une part, la multinationale est en position de force pour négocier avec le pays hôte dans lequel elle cherche à s’implanter parce que la société détient les technologies nouvelles et les techniques de gestion que toutes les nations recherchent. En conséquence, si un pays disons l’Inde refusait d’accorder à une société candidate le droit de s’implanter (et d’entraîner peut être des pertes financières pour ses sociétés nationales établies), la multinationale pourrait aller mettre ses installations, avec leur précieuse charge économique de productivité, dans un autre pays, et la nation récalcitrante serait le grand perdant dans la course à la croissance internationale.
D’autre part, le pouvoir est loin d’être en totalité du même côté, car une fois qu’une multinationale est entrée dans une nation étrangère, elle devient en quelque sorte l’otage du pays hôte. Elle est en effet alors liée par les lois de ce pays et peut se trouver contrainte d’entreprendre des activités qui lui sont « étrangères ». Au Japon, par exemple, selon une loi tacite, les travailleurs engagés par des sociétés géantes ne peuvent être licenciés et deviennent leurs salariés à vie. Le Japon se montre extrêmement peu disposé à permettre l’entrée de capitaux étrangers dans des entreprises industrielles sur le sol japonais, ce qui ennuie beaucoup les sociétés étrangères. Cependant, si, comme cela semble probable aujourd’hui, le Japon s’ouvre aux capitaux américains et européens, on peut être sûr que les sociétés américaines ou européennes devront se comporter comme les sociétés japonaises vis à vis de leur personnel. Ce ne sera pas facile, car les sociétés étrangères ne bénéficieront pas de l’appui tout particulier que le gouvernement japonais apporte à ses propres grandes entreprises.
Voyons le problème d’une multinationale contrainte de réduire le volume de sa production, à la suite d’une chute de la demande. Une décision conforme à des principes strictement économiques l’amènerait à fermer son usine la moins rentable. Or, cela pourrait avoir des répercussions économiques très graves sur le pays dans lequel cette usine est implantée, éventuellement si graves que le gouvernement menace de prendre des mesures si l’usine ferme. Quels préceptes la multinationale doit elle alors suivre : ceux de l’économie ou ceux de la politique ?