Problèmes d’un dollar en baisse
Tant que le dollar baissait, on ne parlait que de plans destinés à le défendre. Nous devons donc aujourd’hui nous poser la question suivante : contre quoi défendons nous le dollar ? Quelle différence cela fait il pour les Américains qu’un dollar vaille deux marks ou trois ? Quelle différence cela fait il si le dollar quel que soit son taux de change tombe à un taux inférieur ? Reprenons la première partie de la question. Quelle importance a le nombre de yens, de francs ou de livres sterling que vaut un dollar ?
Comme tant d’autres questions économiques, celle ci appelle une réponse politique. En effet, le taux de change d’une monnaie affecte différents groupes, personnes ou régions de différentes manières. Supposons que le dollar soit bon marché. Bien sûr, c’est bon pour quiconque souhaite acheter un bien ou un service américain avec des devises. Cela rend les voyages aux États Unis bon marché pour les étrangers. Cela rend les exportations américaines attrayantes. Les actions américaines ou les installations industrielles sont tentantes pour des investisseurs étrangers. Tout cela joue en faveur des exportateurs, des hôteliers, des agents de change ou des industriels américains qui veulent vendre à des étrangers.
En revanche, un dollar bon marché pénalise d’autres groupes. L’Américain qui voyage à l’étranger trouve les prix extrêmement élevés. L’importateur américain trouve que les vins, les appareils photo, les voitures, les vêtements étrangers sont chers, de même que ses clients. Les sociétés américaines qui envisageaient d’investir à l’étranger sont dissuadées par le change exorbitant. Tout cela est mauvais pour les touristes, les consommateurs et les investisseurs américains.
Y a t il des raisons d’agir plutôt en faveur des groupes auxquels profite le dollar bon marché plutôt qu’en faveur de ceux auxquels profite un dollar cher ? Du point de vue de notre bien être national, il n’y a pas de raison particulière de privilégier les uns par rapport aux autres. Vaut il mieux qu’un million de consommateurs achètent des appareils photo bon marché ou que 100 000 ouvriers des aciéries gagnent davantage ? Il n’existe pas de réponse tranchée, seulement des conflits d’intérêts.
Mais comment une nation détermine t elle le bon taux de change de sa monnaie lorsque des taux bas privilégient certains et que des taux élevés en privilégient d’autres ? Elle doit s’efforcer de calculer le taux pour lequel l’offre et la demande de sa monnaie s’équilibrent approximativement, de telle sorte qu’il y ait une relation d’équilibre stable entre sa propre monnaie et celle d’autres nations.
Que se passe t il si un pays ne parvient pas à établir une relation d’équilibre ? Si le taux est trop élevé, ce sera une incitation à importer et une dissuasion d’exporter. Cela se traduira par un chômage dans les industries exportatrices et, par voie de conséquence, du chômage ailleurs. Le cas peut être le plus célèbre de monnaie surévaluée est celui de l’Angleterre après la Première Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill, alors chancelier de l’Échiquier, c’est à dire ministre des Finances, tenta d’établir un taux de change à cinq dollars pour une livre sterling. A ce taux, la demande de livres était bien inférieure à l’offre, et les exportations anglaises s’amenuisèrent, entraînant toute l’économie dans leur effondrement. L’Angleterre a souffert d’une grave dépression jusqu’à ce que son taux de change soit finalement ramené aux alentours de quatre dollars.
Une monnaie sous évaluée pose aussi des problèmes. Dans ce cas, les étrangers sont incités à acheter les exportations bon marché ou les actifs du pays sous évalué. La monnaie étrangère afflue dans ses banques, ce qui accroît la masse monétaire. Or, le gonflement de la masse monétaire s’accompagne d’une montée des pressions inflationnistes. Le pays souffrira alors d’une hausse des prix.
On peut donc présenter le problème des taux de change trop élevés ou trop bas de la manière suivante :
- Des taux de change surévalués (trop élevés) aboutissent au chômage.
- Des taux de change sous évalués (trop bas) aboutissent à l’inflation.
Pour assurer la défense d’une devise, il faut donc trouver un taux de change correspondant à un équilibre approximatif des offres et demandes totales de devises étrangères pour les opérations et les flux de capitaux. Lorsque le dollar baisse, cela signifie qu’il n’est pas encore parvenu à ce taux d’équilibre. Le verdict du marché, c’est que le dollar est trop cher : nous le savons parce que la demande de dollars vis à vis du mark et du franc et d’autres monnaies fortes est régulièrement inférieure à l’offre.
Que se passe t il lorsque le dollar baisse ? De toute évidence, nous passons des dangers d’une monnaie surévaluée à ceux d’une monnaie sous évaluée, c’est à dire qu’un dollar en baisse stimule nos exportations et favorise l’emploi, mais rend aussi nos importations plus chères. Malheureusement, dans notre économie sujette à l’inflation, cela se traduit non seulement par une diminution des importations, mais par une poussée des prix. Les prix du pétrole augmentent du fait de la baisse de notre change, de même que le prix des Honda et des récepteurs de télévision, du café et du thé.
L’effet net d’un dollar en baisse se mesure donc, en partie, en retranchant le coût d’une plus forte inflation du bénéfice d’un développement de l’emploi. Comme nous l’avons vu si souvent, la plupart des gens considèrent le problème de l’inflation comme prioritaire par rapport à celui du chômage. Nous apprécions la relance des exportations, mais nous nous préoccupons davantage de la hausse du coût de la vie.
Que se passe t il avec un dollar en hausse ? Nous voici spectateurs d’un match de tennis, et la balle est de l’autre côté du filet. Un dollar en hausse signifie des voyages à l’étranger moins chers, mais la vente plus difficile de produits américains à l’étranger. Les produits japonais et allemands deviennent moins chers, ce qui a tendance à créer du chômage aux États Unis. Ainsi, un dollar en hausse impose des coûts, tout comme un dollar en baisse. Toutefois, il est aussi source d’avantages, mais qui profitent à des groupes de personnes, à des régions, à des secteurs d’activité, à des intérêts différents. Il contribue à juguler l’inflation (importations moins chères), et à accroître le chômage (davantage de produits étrangers). Devons nous donc empêcher le dollar de monter ? Nous commençons à entrevoir la difficulté du problème.