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 Le marché des opérations en capital

Le marché des opérations courantes n’est pas la seule arène dans laquelle l’offre et la demande de dollars établissent un cours du dollar par rapport à d’autres monnaies. Il existe un autre marché, tout à fait séparé, sur lequel intervient la demande de dollars et d’autres devises pour financer des opérations en capital, et non plus des opérations courantes. Il s’agit, par exemple, de l’achat ou de la construction d’usines et de matériel dans un autre pays, ou de l’acquisition d’actions ou d’obligations émises à l’étranger.

Le premier des flux de capitaux est ce qu’on appelle les investissements directs. Il découle des efforts fournis par les entreprises américaines (essentiellement des sociétés multinationales) pour étendre leur propriété à des installations et équipements à l’étranger, et des efforts correspondants de sociétés étrangères visant le même but ici. En 1978, les sociétés américaines investissaient plus de 17 milliards de dollars dans des installations de production à l’étranger, allant des raffineries de pétrole aux supermarchés, alors que les sociétés étrangères investissaient directement dans des achats ou des constructions pour une valeur de 6 milliards de dollars aux États Unis. Ensuite, en 1979, l’offre et la demande des fonds destinés à des investissements directs contribuèrent à faire baisser le dollar.

La seconde partie du marché des opérations en capital est constituée par les entreprises ou particuliers américains ou étrangers désireux d’accroître leur portefeuille d’investissements étrangers en actions et obligations. Des Américains achètent des actions d’une société suédoise ou des obligations du gouvernement allemand, et des investisseurs étrangers achètent des actions de General Motors ou des bons du Trésor américain. En 1979, la balance des opérations de portefeuille était aussi défavorable pour les États Unis.

En additionnant les investissements directs et les investissements de portefeuille, nous aboutissons, en 1979, à une offre totale supérieure de 30 milliards de dollars à la demande. Cette situation a également contribué à accroître l’offre de dollars et en a accentué la baisse.

Pourquoi avons nous connu de telles sorties de capitaux ? Il faut dire que les sociétés multinationales américaines ont connu une croissance plus, rapide que leurs concurrentes étrangères implantées aux États Unis. Nous avons beaucoup entendu parler ces dernières années d’une invasion des marchés américains par la monnaie arabe, mais elle est restée très inférieure à la poursuite de l’invasion des marchés étrangers par le dollar. Entre 1970 et 1978, les investissements directs des États Unis à l’étranger sont passés de 76 milliards de dollars à 168 milliards de dollars, alors que les investissements directs aux États Unis en provenance de l’étranger ne sont passés que de 13 milliards de dollars à 40 milliards de dollars.

Le flux négatif du compte des opérations en portefeuille résulte de deux stimuli principaux. Premièrement jusqu’à une époque récente, les taux d’intérêt européens étaient supérieurs aux taux d’intérêt américains. Ainsi, les détenteurs d’importantes liquidités, comme les responsables de la trésorerie des multinationales ou de riches investisseurs privés, plaçaient leur argent là où le rendement était le plus grand. Les capitaux à court terme ont donc recherché le plus fort rendement, et le dollar s’est affaibli par voie de conséquence. Deuxièmement, beaucoup d’investisseurs privés ont investi en valeurs mobilières de différents pays. Aux États Unis, la Bourse a eu un comportement très médiocre ces dix dernières années par rapport à celle de certains pays européens ou du Japon. Ce phénomène a aussi été à l’origine de la supériorité de l’offre de dollars sur la demande.

Le marché des devises subit une autre influence très importante, c’est le cours prévisionnel des devises sur lequel comptent les investisseurs pour l’avenir. Si vous pensez que le mark allemand va monter par rapport au dollar, vous pouvez gagner de l’argent en achetant la devise allemande avant qu’elle ne monte. Il y a ainsi un flux constant de capitaux spéculatifs d’un pays à l’autre, au fur et à mesure que des investisseurs privés ou des sociétés multinationales déplacent des fonds dans l’espoir d’acheter moins cher et de vendre plus cher. Une grande
partie de ce flux et reflux spéculatif a aussi joué en défaveur des Etats Unis, parce que les investisseurs ont jugé que les Etats Unis n’adoptaient pas une attitude ferme pour assurer la défense du, dollar, et qu’en conséquence le dollar allait s’affaiblir. Évidemment, en vendant des dollars et en achetant des marks, des yens ou quelque autre devise, les spéculateurs ont contribué à ce que cette prévision même se réalise.

Comme dans le cas des opérations courantes, l’offre et la demande de devises pour financer des opérations en capital peuvent connaître le même flux et reflux. C’est ce qui s’est passé avec le dollar après ses plus mauvais jours du début de la présente décennie. A partir de 1981, les capitaux à long et à court terme, spéculatifs et non spéculatifs, sont revenus vers les banques américaines au lieu de s’en éloigner. Ils y étaient attirés par les taux d’intérêt extrêmement élevés résultant de la politique de rigueur monétaire menée par le gouvernement Reagan. Ces flux sont venus s’ajouter aux opérations courantes, et le dollar est remonté. En conséquence, bien sûr, en lisant leur journal, les Allemands se sont aperçus que le mark, solide comme un roc dans la tempête de la fin des années 70, avait baissé.