Le marché des opérations courantes
Le premier marché sur lequel les devises s’achètent et se vendent est celui sur lequel s’effectuent les opérations courantes entre des entreprises, des particuliers ou des gouvernements. La demande de dollars émane de groupes tels que les étrangers désireux d’importer des biens et services américains, ou contraints d’acquérir des dollars pour les acheter ; les touristes étrangers qui veulent des dollars pour voyager aux Etats Unis ; les gouvernements étrangers qui doivent acheter dés dollars pour entretenir des ambassades ou des consulats ; les entreprises implantées à l’étranger (américaines ou étrangères) qui veulent distribuer des dividendes ou des profits aux Etats Unis, en dollars. Tous ces types de transactions exigent de la part de détenteurs de marks, de francs ou de yens qu’ils achètent des dollars américains sur le marché étranger.
Il existe bien sûr des groupes comparables d’Américains qui fournissent des dollars sur le marché des devises pour les raisons exactement opposées. Nous trouvons ainsi des importateurs américains désireux de faire venir aux États Unis des appareils de photo japonais et qui doivent offrir des dollars pour acquérir les yens nécessaires à l’exécution de leurs achats ; des sociétés américaines ou étrangères qui distribuent des dividendes ou des bénéfices réalisés aux Etats Unis à un siège ou une filiale étrangère ; des Américains ou des ressortissants étrangers qui vendent des dollars pour acheter des lires, des drachmes ou des couronnes afin d’envoyer de l’argent à des amis ou à des parents à l’étranger ; ou le gouvernement américain qui dépense des dollars pour acheter des devises afin de régler ses frais diplomatiques ou ses dépenses militaires à l’étranger.
Dans l’ensemble, ces offres et demandes de dollars établissent ce que nous appelons la balance des paiements courants. Cette balance a sensiblement baissé au début des années 70, puis a connu une brusque hausse avant de baisser de nouveau. Jusqu’en 1968, les étrangers achetaient davantage de dollars pour toutes sortes d’opérations courantes que les Américains ne vendaient de dollars à cet effet, alors qu’au cours des années 70, les termes de la balance ont été en grande partie inversés. Quelle était la raison de cette inversion de situation de notre balance des paiements courants ? Pour l’essentiel, il s’agissait d’un véritable effondrement de notre balance commerciale, sous marché à l’intérieur du flux général des opérations courantes et qui concerne uniquement les dollars offerts et demandés pour financer les importations et exportations de marchandises.
Jusqu’en 1971, les États Unis avaient une balance commerciale légèrement positive. Cela signifiait que nous vendions davantage de biens et de services à l’étranger, chiffrés en dollars, que nous n’achetions de biens et de services. Que s’est il passé ensuite pour que cette balance devienne négative ? La réponse est en partie liée à la crise du pétrole provoquée par l’OPEP, qui a eu pour conséquence de faire augmenter rapidement le nombre des dollars que nous devions offrir pour acheter le pétrole étranger. En 1972, notre facture pétrolière s’élevait à 5 milliards de dollars. En 1974, elle était de 27 milliards de dollars. Au début de 1979, elle était déjà de 90 milliards de dollars.
Le choc pétrolier n’a pas été la seule raison de la détérioration de notre balance commerciale. Comme nous l’avons vu, nous avons connu un long déclin progressif de notre position concurrentielle vis à vis des autres nations industrielles de l’Occident, déclin imputable en grande partie à un retard de la productivité américaine. En outre, un certain nombre d’autres événements ont pesé sur la balance commerciale des États Unis, à savoir la situation agricole internationale, les taux d’inflation respectifs des États Unis et de leurs principaux concurrents, et bien d’autres facteurs encore.
C’est une des grandes raisons pour lesquelles l’offre de dollars, nécessaire aux importations, a dépassé la demande de dollars, dont les étrangers ont besoin pour acheter des biens exportés par les États Unis. Lorsque la quantité d’une marchandise offerte dépasse la quantité demandée, son prix baisse. Le dollar n’a pas fait exception à cette règle, il a baissé.
Cependant, ce qui baisse peut remonter. Dès le milieu de l’année 1980, les effets et contre effets de l’offre et de la demande ont tourné en faveur des États Unis. Notre balance des paiements courants a commencé à faire apparaître un excédent. En conséquence, les pressions des offres et des enchères sur les différents marchés des marchandises, des voyages aériens, des assurances et d’autres éléments de nos opérations courantes commencèrent à s’exercer et à jouer en faveur d’un dollar plus fort.