Le dollar et le commerce international
Jusqu’à une période relativement récente, le commerce extérieur et les finances internationales étaient des sujets dont les Américains pouvaient se permettre d’ignorer tout. Dans presque tous les manuels d’enseignement, par exemple, ils étaient traités dans une annexe en fin de livre, et l’on admettait généralement que lorsqu’un professeur devait sacrifier une partie du cours par manque de temps, l’économie internationale constituait une victime facile.
Tout ceci a changé, et même de façon considérable, depuis quelques années. D’une part, le commerce international s’est infiltré dans l’économie à un degré sans précédent. En effet, les importations et les exportations ne représentaient guère plus du vingtième de notre PNB : maintenant, elles en constituent le septième. Les multinationales se sont installées dans notre existence : Honda et Volkswagen sont aujourd’hui des noms aussi familiers à nos oreilles que GM et Ford. D’autre part, le dollar américain, autrefois solide comme le roc, a été gravement malmené au cours des années 70. Des millions d’Américains, convaincus depuis toujours que le dollar était aussi sûr que l’or, ont appris qu’il n’en était rien. Récemment, le dollar est remonté et l’or a baissé, mais l’ère de l’indifférence à l’égard de l’économie internationale est à tout jamais révolue.
Le prix d’un dollar
Dans ce chapitre et le suivant, nous allons aborder ces nouvelles réalités de la vie Commençons donc par les caprices du dollar. Mais là, un problème se pose : faut il parler d’un dollar en baisse, du dollar dont l’effondrement a fait les gros titres de la presse dans les années 70, ou d’un dollar en hausse, de celui dont la montée a inquiété l’Allemagne et la France en 1981 ? Il serait fastidieux de passer de l’un à l’autre, comme dans un match de tennis, et de traiter des deux aspects du problème. Nous allons donc axer notre exposé sur les événements particuliers et caractéristiques du dollar en baisse, qui a effrayé tant de gens. Comme nous le verrons, il n’est pas du tout difficile de voir l’aspect inverse avec les problèmes posés par un dollar en hausse, et de temps à autre, nous nous rappellerons que l’histoire présente deux aspects ; si nous en comprenons un, l’autre sera facile à appréhender.
Revenons donc à la fin des années 70, à une époque où les gros titres des journaux nous informent que le dollar s’effondre. Parfois aussi, la presse annonce que les cours de l’or s’envolent ou que le yen, le mark ou le franc suisse battent de nouveaux records. Toutes ces informations signifient la même chose, mais laquelle ?
Quand le dollar baisse sur les marchés monétaires internationaux, cela ne signifie pas qu’un dollar permet d’acheter moins de produits américains. C’est là un point très important qu’il ne faut pas oublier. Notre dollar perd de sa valeur intérieure au fur et à mesure que l’inflation fait monter les prix ; mais il est tout à fait possible que l’inflation réduise la valeur du dollar sur le plan national, au moins pendant un temps, sans pour autant provoquer son affaiblissement sur les marchés monétaires étrangers. Inversement, le dollar peut baisser à l’étranger mais conserver son pouvoir d’achat inchangé à l’intérieur de nos frontières.
Lorsque nous parlons de la baisse du dollar dans le cadre du commerce extérieur, cela signifie une seule chose : un dollar permet d’acheter moins de devises étrangères, que ce soit des marks allemands, des francs français ou suisses, des couronnes suédoises ou quoi que ce soit d’autre. En conséquence, l’achat de biens et de services étrangers coûte plus cher.
Supposons, par exemple, que vous aimiez le vin français. Le vin français est vendu par ses producteurs en francs, monnaie dans laquelle les producteurs français paient leurs factures et veulent être payés. Supposons qu’ils vendent leur vin 20 francs la bouteille.
Combien coûterait aux États Unis une bouteille de vin à 20 francs ? La réponse dépend du taux de change entre dollar et franc, c’est à dire du prix des francs. Pour connaître ce prix, il suffit de se rendre dans les banques, qui sont les principaux négociants en devises étrangères de toutes sortes, et de demander quel est le taux de change du franc par rapport au dollar. Admettons qu’il soit de 5 francs pour un dollar. Pour acheter une bouteille de vin français (sans compter le transport, l’assurance et les autres coûts), il nous en coûtera 4 dollars (20 francs : 5=4 dollars).
Maintenant, supposons que le dollar baisse. Cela signifie que le dollar deviendra moins cher sur le marché des devises. Il en résulte bien sûr que les francs vont devenir plus chers exprimés en dollars. Au lieu d’avoir 5 francs pour un dollar, nous n’en n’aurions plus que 4. Parallèlement, le prix du vin en France n’a pas changé et coûte toujours 20 francs. Or, il nous en coûte 5 dollars, et non plus 4, pour acheter 20 francs. En conséquence, la baisse du dollar a pour effet de faire monter le prix des produits étrangers exprimé en monnaie américaine.
Inversement, un taux de change en hausse, comme nous l’avons connu en 1981, rend les produits étrangers moins chers. Imaginons que nous envisagions un voyage en Allemagne. Nous nous informons sur les prix des hôtels allemands, des restaurants allemands et ainsi de suite, et nous apprenons que nous pouvons nous en sortir à l’aise pour, disons, 300 marks par jour. Nous nous demandons alors combien cela fait en monnaie américaine. La réponse dépend, bien sûr, du taux de change. Supposons que ce taux soit de 3 marks pour un dollar. Trois cents marks correspondent alors à cent dollars par jour. Si le dollar se met à monter, nous aurons une surprise agréable. Peut être que d’ici à notre départ, le taux de change sera monté à 4 marks pour un dollar. Notre voyage en Allemagne nous coûtera toujours 300 marks par jour mais il nous suffira alors de 75 dollars pour acheter ces 300 marks.
Il ne faut cependant pas oublier que l’économie internationale doit être vue des deux côtés de l’Atlantique. Lorsque le dollar monte, les biens ou services étrangers deviennent moins chers pour nous. Mais pour un Allemand, c’est exactement le contraire. Si un touriste allemand venant aux États Unis.