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 Evolution de la répartition des revenus

Peut on modifier la répartition des revenus ? Bien sûr, mais doit on le faire ? C’est une question plus difficile. Lorsqu’on envisage d’essayer délibérément de modifier la répartition des revenus, le but est habituellement de la rendre plus juste. Par plus juste, on entend généralement plus égale, mais pas toujours. On dit parfois qu’il n’est pas juste que certains groupes, comme les enseignants, n’aient pas des revenus supérieurs, même s’ils perçoivent déjà des revenus supérieurs à la médiane pour la société. Dans la discussion qui suit, nous traiterons essentiellement des manières de rendre plus juste la répartition des revenus en la rendant plus égale. A la fin de ce chapitre, nous évoquerons les problèmes qui accompagnent toute recherche de l’égalité dans ce domaine.

En admettant que la faible productivité soit une raison importante, sinon la seule raison, justifiant les bas revenus, quiconque souhaite changer la répartition des revenus aurait tout intérêt à commencer par stimuler la productivité des personnels les moins compétents et les moins formés. Comment ? Dans l’ensemble, en assurant à ceux qui ne les ont pas une instruction et une compétence générales ou une formation et une compétence spécialisées.

Si l’on regarde le tableau suivant, on s’aperçoit qu’il existe une étroite relation entre le niveau d’instruction et les revenus du travail pendant la vie active. Il faut bien veiller, cependant, à ne pas conclure hâtivement que l’instruction est la cause directe de ces revenus du travail. Par exemple, 30 % des bacheliers blancs finissent par gagner plus d’argent que le diplômé moyen du premier cycle d’études supérieures, et 20 % de ceux ci gagnent moins que le bachelier moyen. En fait, il n’est pas garanti que l’instruction soit rentable chez tout le monde. Si l’on tient compte de tous les facteurs, le coût d’un premier cycle universitaire confère à son bénéficiaire un rendement, sa vie durant, de l’ordre de 7 à 10 % de cet investissement, ce qui n’est pas phénoménal.

Une manière très différente d’aborder le changement de la répartition des revenus consiste à intervenir du côté de la demande. A cet égard, l’intervention la plus courante se fait sous forme de salaire minimum, imposé soit par les syndicats, soit par la loi. Les salaires minimum ont deux impacts : ils accroissent les revenus de ceux qui sont employés, mais risquent aussi de faire perdre leur emploi à d’autres ; l’importance du groupe qui se trouve ainsi favorisé et du groupe qui se trouve ainsi défavorisé dépend de la structure de la demande de main d’oeuvre et varie d’un cas à l’autre. Par exemple, si les salaires minimum ou les salaires imposés par les syndicats sont élevés, beaucoup de travailleurs de la confection vont perdre leur emploi parce que leurs employeurs vont s’orienter vers Hong Kong. Si les salaires des ouvriers agricoles montent, les ouvriers temporaires embauchés le temps des récoltes risquent de perdre leur emploi car les exploitants préféreront alors utiliser des machines. En revanche, une hausse de salaire des infirmiers dans les hôpitaux ne risque guère d’entraîner de perte d’emploi ; parce qu’il n’y a pas moyen de déplacer l’hôpital ni d’automatiser ce travail. En d’autres termes, l’impact direct d’une hausse des salaires varie selon le cas, et il est très difficile d’en tirer une généralisation Un troisième moyen d’agir sur la répartition des revenus consiste à taxer les hauts revenus et à faire bénéficier de prestations les plus bas revenus. Tous les gouvernements usent de l’impôt et des prestations sociales (transferts) pour redistribuer les revenus. Le système fiscal est plus ou moins proportionnel, c’est à dire qu’il pèse de la même manière sur toutes les tranches de revenus au dessus des revenus les plus bas et jusqu’à la limite des revenus les plus hauts. Ainsi, entre 5 000 et 50 000 dollars, le contribuable reverse 20 à 25 % de ses revenus au fisc.

Le système de l’impôt sur les successions-qui frappe le patrimoine et non le revenu est progressif, c’est à dire que proportionnellement, il frappe davantage les grandes successions que les petites ; le taux d’imposition maximum des biens immobiliers atteint 50 %. Mais les moyens d’échapper à ces très lourds impôts sont si nombreux que pratiquement personne ne les paie. Le montant total des droits de succession perçus représente en moyenne moins de 0,2 % du patrimoine national par an. De toute évidence, ces impôts ne peuvent avoir un grand impact sur la répartition des richesses.

Si les impôts n’ont pas un fort impact sur la répartition des revenus, ce n’est pas le cas pour les transferts. Si l’on se penche sur les revenus des familles se situant dans la tranche des 20 % les moins favorisés de la population, on s’aperçoit que pour plus de 60 % ils revêtent la forme de prestations sociales. Sans ces prestations, leur part du revenu total serait inférieure à la moitié de ce qu’elle est actuellement.

Parallèlement, les programmes existants de transfert de revenus ne sont pas bien coordonnés. Certains pauvres bénéficient d’importantes prestations, alors que d’autres ne reçoivent rien. Certains programmes prévoient des prestations pour des gens qui ne seront pas pauvres toute leur vie durant. Les programmes sont souvent administrés à l’échelle locale, et les niveaux de prestations diffèrent fortement d’un État à l’autre. Pour pallier cet inconvénient, les présidents des deux partis Nixon, Ford et Carter ont recommandé la mise en place d’un impôt négatif sur le revenu, qui serait une sorte de versement automatique d’un revenu suffisant à toutes les familles considérées comme pauvres, pour les faire sortir de leur état de pauvreté.

Ces propositions se heurtent à deux problèmes : premièrement, elles coûtent cher ; deuxièmement, elles ne sont pas populaires sur le plan politique. Pour l’essentiel, elles impliquent en effet que les plus aisés participent à l’aide des plus démunis. Ce principe est peut être en accord avec notre morale du dimanche, mais certainement pas avec celle des jours ouvrables. Jusqu’à présent, l’impôt négatif sur le revenu reste une idée dont l’heure n’est pas encore venue.