Coup d’oeil sur la grande entreprise
Monopole, et aujourd’hui oligopole, sont pour beaucoup des termes maudits, tout comme concurrence est un bon mot, même si personne ne peut dire avec exactitude ce que ces notions ont de bon ou de mauvais*. On a souvent l’impression que les détenteurs de monopoles incarnent le diable et ont les dents longues, alors que les petits concurrents sont altruistes et mènent des activités saines. On voit donc que la différence fondamentale entre un monde de concurrence pure et un monde de concurrence très impure se situe au niveau des motivations et des pulsions opposition entre concurrents bien intentionnés et détenteurs de monopoles mal intentionnés.
La vérité, c’est que le monopole et le petit concurrent sont mus par des motifs économiques exactement identiques. Tous deux cherchent à maximiser leurs profits. De fait, le petit concurrent, confronté à la nécessité de surveiller de près ses coûts et ses recettes pour survivre, a tendance à être plus économe et plus orienté vers les profits que le détenteur d’un monopole qui (comme nous allons le voir) a les moyens d’adopter une attitude plus détachée à l’égard des profits. Des motivations condamnables n’ont rien à voir avec le problème d’une concurrence faussée.
Qu’y a t il donc de si bon dans la concurrence ? Théoriquement, la réponse est limpide. Dans un marché purement concurrentiel, le consommateur est roi. De fait, la raison d’être de ce marché est souvent décrite comme la souveraineté du consommateur.
Cette expression a deux significations. Premièrement, dans un marché purement concurrentiel, le consommateur détermine l’affectation des ressources en fonction de sa demande. C’est le public qui donne le rythme sur lequel danse l’industriel. Deuxièmement, le consommateur profite de produits vendus au prix le plus bas possible et fabriqués en grande quantité. Sur un marché purement concurrentiel, chaque entreprise fabrique les produits que les consommateurs veulent, dans la plus grande quantité et au prix le plus faible possible.
Sur un marché imparfaitement concurrentiel, le consommateur perd une grande partie de sa souveraineté. Les entreprises ont des stratégies, y compris la stratégie d’influer sur la demande des consommateurs la société de publicité essaie de faire danser le consommateur à son propre rythme. Les produits ne sont pas vendus au prix le plus bas possible, mais à un prix permettant de dégager un profit « monopoliste », et comme les prix ne sont pas à leur niveau minimum, le volume des produits vendus au public n’est pas aussi grand qu’il pourrait l’être.