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 Le marché

D’une certaine manière, le problème des effets induits diffère sensiblement du problème des biens publics. La différence, c’est qu’il est possible de laisser le système de marché gérer lui même les coûts de la pollution qui autrement seraient masqués, en utilisant les diverses techniques que nous avons étudiées. Il est impossible de laisser le marché déterminer la production ou la consommation du système de justice, par exemple.

En conséquence, en compensant les effets induits de la production de biens privés, nous évitons en partie cet arbitraire qui nous perturbe dans la production des biens publics. Nous pouvons imputer directement les coûts de la pollution alors que nous ne pouvons privatiser les coûts ou les bénéfices afférents aux biens publics.

Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier l’un des thèmes de ce chapitre un système de marché comporte des points faibles et des aspects inefficaces propres à sa nature institutionnelle. Le remède exige une intervention politique d’un type ou d’un autre réglementation, taxation ou subvention car il n’y a pas d’autre recours que l’action politique lorsque le mécanisme économique autorégulateur échoue.

Ce n’est pas une conclusion qu’il faut interpréter comme une plaidoirie générale en faveur d’une plus grande intervention des pouvoirs publics. Beaucoup d’économistes qui critiquent sévèrement le marché demandent aussi une moindre intervention du gouvernement surtout s’il s’agit d’interventions bureaucratiques, non démocratiques et ne laissant aucune place à la participation. Il faut toutefois reconnaître que l’existence et les causes d’un mauvais fonctionnement du marché rendent inévitables certaines interventions des pouvoirs publics. Nous pouvons alors chercher à utiliser le pouvoir de l’État pour réparer les échecs individuels du marché, de façon à renforcer le fonctionnement du système dans son ensemble.

Après avoir tant critiqué le système de marché, peut être faut il conclure en rappelant ses points forts. Fondamentalement ceux ci sont au nombre de deux. Premièrement, le marché encourage les individus à manifester leur énergie, leurs compétences, leur ambition et leur aptitude à prendre des risques dans les opérations économiques de la vie. Cela confère aux systèmes de marché souplesse, vitalité, créativité et faculté de changement. Malgré tous leurs échecs, les économistes de marché ont fait preuve d’une croissance étonnante, et la source de cette croissance provient finalement des activités des acheteurs et des vendeurs.

Deuxièmement, le système réduit les interventions nécessaires des pouvoirs publics, même si, pour des raisons que nous comprenons maintenant, il ne peut s’en passer. Ce serait une erreur de supposer que chaque intervention de la part du gouvernement est une atteinte à la liberté, ou que chaque secteur d’activité du marché est un exemple de liberté. La vérité c’est que le gouvernement et le marché sont également capables de promouvoir la liberté ou de donner naissance à l’oppression. Quoi qu’il en soit, dans un monde dans lequel la concentration du pouvoir de l’État a toujours été l’un des plus grands fléaux de l’humanité, il faut évidemment soutenir l’existence d’un mécanisme capable de gérer les tâches économiques fondamentales de la société avec une dépendance minime à l’égard de l’autorité politique.