Les effets induits de la production sont les effets résultant de la production de biens et de services privés sur des personnes autres que celles qui achètent, vendent ou utilisent directement les biens en question.
L’exemple type d’effet induit est la fumée de l’usine locale. Du fait de la fumée, les ménages doivent assumer des frais de nettoyage et des frais médicaux alors qu’ils n’utilisent peut être pas les produits de l’usine. Prenons le bruit pour les riverains d’un aéroport. Il détériore les tympans et abaisse la valeur des biens immobiliers des individus qui ne profiteront peut être jamais de la proximité de l’aéroport, et qui peut être ne prennent jamais l’avion.
Les effets induits nous amènent à poser l’un des problèmes les plus ennuyeux et parfois les plus dangereux de notre système économique : le contrôle de la pollution.
Qu’est ce que la pollution, d’un point de vue économique ? C’est la production de déchets, de poussière, de bruits, d’encombrements et d’autres choses dont nous ne voulons pas. Même si nous ne considérons pas que la fumée, le brouillard, le vacarme de la circulation et les embouteillages font partie de la production de notre société, ces faits de la vie économique sont certainement la conséquence de la production de biens que nous voulons. La fumée fait partie du processus de production qui nous donne aussi l’acier ou le ciment. Le brouillard résulte de la production d’énergie industrielle et de chaleur, notamment. La circulation est un sous produit des transports. On pourrait donc appeler ces sous produits indésirables des « maux », par opposition à ce que nous appelons des « biens ».
La raison fondamentale de l’existence de ces effets induits est technologique : il y a beaucoup de biens que nous ne savons pas produire proprement, c’est à dire sans déchets ni sous produits nocifs. Mais le problème présente aussi un aspect économique. Même si l’on savait produire proprement, il y aurait peut être toujours des effets induits parce que ce serait la manière la moins chère de faire beaucoup de choses, qu’il s’agisse de produire des biens ou de les consommer. Cela coûte moins cher de jeter les ordures par terre que d’acheter des poubelles, moins cher aussi de déverser des déchets dans une rivière que de les retraiter. En fait, cela est moins onéreux pour l’individu ou l’entreprise, mais pas nécessairement pour la communauté. Une entreprise peut ainsi rejeter ses déchets « gratuitement » dans une rivière, mais les riverains en aval risquent d’avoir à supporter le coût d’une eau polluée.
Enfin, il faut bien remarquer que certains effets induits ne sont pas des « maux », mais des « biens ». Par exemple, un nouvel immeuble de bureaux peut accroître la valeur des biens immobiliers du voisinage. C’est un effet induit positif. Les bénéfices obtenus par les autres résultent de la présence du nouvel immeuble, mais ils ne sont pas payés par les propriétaires de cet immeuble. De tels effets induits confèrent à certains biens privés les caractéristiques particulières des biens publics.
Face à la vue horrible de la fumée déversée par une cheminée d’usine, des boues rejetées dans un lac, des automobiles étouffant une ville, ou de personnes rendues malades par la pollution, la plupart des écologistes exigent une réglementation une loi pour interdire les rejets de fumée ou le charbon sulfureux, une loi exigeant des usines qu’elles se débarrassent de leurs déchets ailleurs ou qu’elles les retraitent, une loi contre les automobiles en centre ville.
Quels sont les effets économiques d’une réglementation ? Pour l’essentiel, l’idée sous jacente est de traiter directement un effet induit antérieur. C’est à dire qu’une réglementation cherche à imposer un coût à une activité qui jusque là était gratuite pour l’individu ou l’entreprise, même si elle ne l’était pas, comme nous l’avons vu, pour la société. En somme, les individus ou les entreprises doivent cesser totalement l’activité polluante ou supporter le coût de la pénalité imposée par la loi, ou encore trouver les moyens de mener à bien cette activité sans créer de pollution.
La réglementation est elle un bon moyen de réduire la pollution ? Prenons le cas d’une entreprise qui pollue l’environnement dans le cadre de la production de biens ou de services. Supposons qu’une réglementation soit votée, contraignant cette entreprise à mettre en place des dispositifs antipollution, épurateurs de fumée ou installations de traitement des déchets. Qui en supporte le coût ?
La réponse semble évidente de prime abord ; c’est l’entreprise qui doit l’assumer. Mais si l’entreprise répercute ce coût supplémentaire sur ses prix de vente, la réponse est alors différente. A ce moment là, une petite analyse économique montre que le coût est en fait supporté par trois groupes, et non pas seulement par l’entreprise. Premièrement, l’entreprise supporte une partie du coût parce que du fait de son prix plus élevé, elle vendra moins de produits. La diminution de ses ventes dépend de la sensibilité de la demande de ce produit au prix. Si la demande n’y est pas totalement insensible, l’entreprise verra ses ventes et ses revenus diminuer obligatoirement.
Deux autres groupes supportent aussi une partie de ce coût ; d’une part, les facteurs de production, c’est à dire la main d’oeuvre et les propriétaires des ressources physiques. Il y aura compression de l’emploi du fait d’une diminution de la production. Cette perte de revenu fait donc également partie du coût économique de la réglementation antipollution. Enfin, bien sûr, il y a le consommateur. Comme les prix augmentent, le consommateur doit aussi assumer une part du coût de la réglementation.
Ce qui compense tous ces coûts, c’est le fait que chacun de ces trois groupes, et le grand public dans son ensemble, jouit alors d’un meilleur environnement. Il n’y a cependant pas de raison pour que chacun de ces trois groupes, pris séparément ou collectivement, pense que les avantages sont supérieurs aux coûts. La plupart des avantages vont probablement profiter au grand public, et non aux individus spécifiquement impliqués dans la production ou la consommation du bien ou du service polluant.
Ainsi, une réglementation obligeant les constructeurs d’automobiles à fabriquer des moteurs plus propres coûtera aux constructeurs des ventes perdues, coûtera au consommateur une dépense supplémentaire à l’achat de sa voiture, et coûtera une perte de revenu pour les terrains, la main d’oeuvre, et l’équipement qui n’est plus employé du fait de la hausse des coûts de production. En revanche, ces trois groupes bénéficieront, comme le grand public, d’un air plus pur, mais chacun ressentira probablement plus amèrement la perte le concernant que le bien général.
La réglementation est elle utile ? Le fait qu’une réglementation soit bonne ou mauvaise dépend essentiellement des moyens de la faire respecter. Comparons l’efficacité des limitations de
vitesse, qui ont pour objet de réduire les effets induits des accidents, et celle de l’interdiction de jeter des ordures par terre. Il est déjà difficile de faire respecter les lois sur la limitation de vitesse, mais il est pratiquement impossible de faire respecter l’interdiction de jeter des ordures par terre. En revanche, il est plus simple de faire respecter la réglementation sur l’élimination des déchets radioactifs, parce que les responsables de la pollution sont moins nombreux et plus faciles à surveiller.
C’est aussi en grande partie une question de coût. Si nous étions prêts à poster un agent de la circulation à chaque borne kilométrique ou à chaque coin de rue, la réglementation serait tout aussi efficace pour les limitations de vitesse ou la propreté que pour l’élimination des déchets radioactifs. De toute évidence, le coût serait exorbitant, et pour la plupart, nous aurions l’horrible impression d’être traqués par la police.
Il y a un autre moyen de lutter contre la pollution, c’est de la taxer. Lorsqu’un gouvernement décide de taxer la pollution, il crée en fait un système de prix pour les processus d’élimination. Si une entreprise s’apercevait que cela lui coûte moins cher d’éliminer ses propres agents polluants que de payer la taxe, elle le ferait et échapperait ainsi à la taxe. Si l’entreprise ne peut éliminer ses propres agents polluants à un coût inférieur au montant de la taxe, ce qui est souvent le cas, elle paie alors la taxe obligatoire et attend de l’État qu’il s’occupe de l’environnement.
La taxe sur les effluents fonctionne comme cela, mais ce n’est pas pour autant une autorisation de polluer. C’est une autorisation qui permet de produire quelques agents polluants à un certain prix.
Avec l’imposition de cette taxe, une activité qui était auparavant gratuite ne l’est plus. En ce qui concerne leur impact économique, ces taxes sont tout à fait comparables aux réglementations. En fait, elles constituent un type de réglementation. La différence, c’est que chaque producteur peut décider de payer la mise en place d’un dispositif antipollution et de ne pas payer la taxe ou de polluer et de payer la taxe imposée.
Que vaut il mieux, une réglementation ou une taxation ? La réponse à cette question dépend de considérations pratiques. Par exemple, la taxe sur les effluents déversés dans les cours d’eau est plus facile à mettre en pratique qu’une taxe sur les fumées rejetées par des cheminées. En effet, l’État peut installer une usine de traitement des eaux usées, mais ne peut nettoyer l’air contaminé par des producteurs qui trouvent moins onéreux de payer une taxe sur la pollution que d’installer un système de filtre. En outre, pour être efficace, il faut qu’une taxe sur la pollution varie en fonction de la quantité de pollution : une usine de pâte à papier ou une centrale électrique devrait payer une taxe plus élevée si elle augmente sa production de déchets ou de fumée. Un des problèmes que pose la taxation est l’installation de moyens de surveillance. Il est difficile de mesurer avec précision la pollution ou de déceler des différences de nocivité pour l’environnement d’une même quantité de fumée provenant de deux usines implantées dans des régions différentes.
Le troisième moyen de lutter contre la pollution est de subventionner les pollueurs pour qu’ils cessent de polluer. Dans ce cas, le gouvernement paie effectivement les responsables pour réparer les dommages qu’ils ont causés ou pour cesser de les causer. Par exemple, une municipalité pourrait consentir un abattement fiscal à une entreprise qui a accepté de mettre en place des filtres dans ses cheminées. Cela revient bien sûr à payer l’entreprise pour qu’elle cesse de polluer.
Il y a des cas dans lesquels les subventions sont le moyen le plus facile d’éviter la pollution. Par exemple, il pourrait être plus efficace de payer les particuliers qui rendent leurs vieilles boîtes de conserve et leurs bouteilles vides que d’essayer de les discipliner ou de les taxer pour chaque bouteille ou boîte de conserve jetée. Les subventions peuvent donc parfois être un moyen commode de parvenir au but désiré, même si ce n’est pas le moyen le plus souhaitable, vu sous d’autres angles.