Rationnement de l’essence , avec et sans larmes
Nous avons vu que le système des prix est un système de rationnement, mais par rationnement, nous entendons généralement un système de coupons ou de priorités déterminées publiquement. S’il y avait une pénurie permanente d’essence ce qui voudrait dire qu’aux prix courants, la quantité d’essence demandée serait supérieure à la quantité offerte on pourrait la rationner en accordant à chaque automobiliste une quantité égale d’essence ou en assurant à certains véhicules, comme les ambulances, un accès prioritaire aux approvisionnements.
A peine se met on à imaginer un rationnement par coupons ou par priorités que l’on commence à apercevoir la complexité du problème. De toute évidence, le but du rationnement est d’empêcher les riches de rouler en Cadillac alors que les pauvres n’ont pas les moyens de mettre de l’essence dans leur Honda pour aller travailler.
Imaginons que vous soyez responsable d’un rationnement par un système autre que les prix. Supposons que le nombre de litres d’essence disponibles soit en principe de l’ordre de 400 milliards. Détermineriez vous la ration de base en divisant ce nombre de litres par la population, en donnant à chacun une quantité égale ? Ce principe profiterait énormément à une famille ayant une voiture et beaucoup d’enfants et pénaliserait le célibataire qui risque pourtant d’avoir un besoin fondamental de sa voiture. Et que ferait une famille qui recevrait ainsi des coupons et n’aurait pas de voiture ? Etabliriez vous peut être le rationnement par automobiliste, plutôt que par personne ? Dans ce cas, bien sûr, l’inconvénient est d’attribuer la même quantité à tous les automobilistes, sans connaître leurs besoins respectifs. Certains manqueraient gravement d’essence, alors que d’autres, qui utilisent peu leur voiture, n’auraient pas besoin de tous leurs coupons.
Maintenant, supposer que vous attribuiez à chaque adulte un carnet de tickets lui donnant droit à sa ration de base d’essence, et que vous autorisiez l’achat ou la vente de ces coupons ! Évidemment, les plus riches pourraient acheter des carnets de tickets, mais les plus pauvres ne seraient pas nécessairement vendeurs de leurs carnets ; s’ils avaient besoin de leur ration de base, ils garderaient leurs tickets. En revanche, s’ils n’avaient pas besoin de la ration qui letf r est attribuée, ils pourraient compléter leur revenu par la vente de leurs carnets de tickets.
Dans un plan de ce type, le marché permet aux individus de déterminer leurs propres activités économiques en fonction de leur utilité marginale et de combiner ce processus à une équité globale qu’un marché ne peut réaliser. Les carnets de rationnement assureraient un partage fondamentalement démocratique d’une partie de la richesse nationale, mais ils permettraient aux individus de maximiser leur utilité à un point que le rationnement à lui seul ne pourrait atteindre.