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 Comment fonctionne le marché

Il semble fou de décomposer l’économie en deux parties : la micro économie et la macro économie. C’est effectivement un peu fou, car il n’existe qu’une seule économie. Pourtant, il est de fait que certains types de problèmes, comme ceux que nous avons évoqués, se révèlent plus clairement dans une perspective macro économique qui s’intéresse aux importants flux d’épargne, d’investissement et de dépenses publiques, mais que la même perspective macro économique n’apporte pas grand chose à d’autres types d’activités économiques, notamment celles qui concernent les types de produits que nous fabriquons. Ainsi, les questions relatives aux choix que nous faisons en tant que producteurs ou consommateurs questions qui ont des conséquences considérables pour notre vie économique justifient un éclairage différent, qui fasse ressortir les activités des acheteurs et des vendeurs, des consommateurs et des industriels. C’est le point de vue du marché l’épicerie, le silo à grains, le service des achats où l’interaction entre acheteurs et vendeurs se traduit par les contacts directs que l’on perd de vue lorsqu’on étudie le PNB.

Le système des prix

Le point de vue micro économique nous amène immédiatement à nous pencher sur la question des prix, question dont nous n’avons pas du tout tenu compte, si ce n’est que nous avons parlé du niveau de tous les prix lorsque nous avons étudié l’inflation. Or, la micro économie suppose que l’on explique comment sont déterminés les prix individuels dans l’arène que l’on appelle marché. En conséquence, la micro économie commence par une étude de l’offre et de la demande, termes que l’on entend et que l’on utilise constamment, sans savoir précisément ce qu’ils signifient.

Nous parlons souvent de l’offre et de la demande comme si ces vocables désignaient une loi générale de la vie économique, généralement une loi disant que ce qui monte doit descendre. Or, il n’existe pas de telle loi, et s’il en existait, ce ne serait pas la loi de l’offre et de la demande. En effet, l’offre et la demande sont des facteurs permettant de comprendre comment l’opposition entre acheteurs et vendeurs sur le marché est à l’origine de prix susceptibles d’établir un équilibre du marché, ou pourquoi cette opposition ne réussira pas parfois à établir ces prix. En d’autres termes, l’offre et la demande nous informent sur la manière dont les marchés génèrent une sorte d’ordre dans les systèmes, en maintenant l’économie en état d’équilibre comme nous l’avons vu rapidement au chapitre 2 lorsque nous nous sommes penchés sur la conception du monde économique d’Adam Smith.

Nous allons donc commencer par préciser ce que nous entendons par demande. Beaucoup pensent que ce terme désigne tout simplement un certain volume de dépenses, comme lorsque nous disons que la demande d’automobiles a diminué ou que la demande d’or est forte. Mais ce n’est pas la conception qu’en a l’économiste lorsqu’il définit la demande dans le cadre de son explication des marchés. La demande recouvre non seulement combien nous dépensons pour un article donné, mais combien nous dépensons pour cet article à un prix donné, et combien nous dépenserions si son prix changeait.

En outre, les économistes en déduisent d’importantes généralisations sur notre comportement d’acheteur face aux changements de prix. En effet, nous avons tendance à acheter moins lorsque les prix montent, et davantage lorsqu’ils baissent. Cette affirmation ressemble à une généralisation terriblement simple, mais comme nous allons le voir, ses conséquences sont énormes. Il y a deux raisons qui amènent les économistes à croire que c’est vrai. Premièrement, lorsque les prix baissent, nous sommes capables d’acheter plus, parce que nos revenus nous permettent d’acheter davantage. Deuxièmement, quand les prix baissent, nous sommes désireux d’acheter davantage parce qu’à un prix plus bas, telle marchandise est plus attrayante que d’autres marchandises15.

D’après ce raisonnement plausible, les économistes construisent une représentation très utile, et largement utilisée, du comportement de notre marché : c’est ce qu’on appelle la courbe de la demande. Le graphique ci dessous illustre une courbe de ce type. Supposons qu’elle ait pour objet de montrer combien de chemises seront achetées dans un grand magasin, au cours d’une semaine, à des prix différents. Si nous suivons les lignes en pointillés sur le graphique, nous voyons que cet exemple (fictif) indique que si le prix des chemises est de 50 dollars, il ne s’en vendra que 50. Si leur prix est de 25 dollars, il s’en vendra 100. Si le prix est abaissé à 10 dollars, il s’en vendra 200.

Maintenant, que dire de l’offre ? Comme on pourrait s’y attendre, les vendeurs réagissent aussi aux changements de prix, mais en sens exactement opposé à celui des acheteurs. Plus le prix est élevé, plus il y a de vendeurs capables et désireux d’accéder au marché ; plus les prix sont bas, moins il y en a. Il ne s’agit nullement de savoir si un fabricant ne serait pas en mesure de produire moins cher en plus grandes quantités. La question ici est de savoir si General Motors ou le maraîcher seront désireux et capables d’offrir davantage de produits à des acheteurs immédiatement, avec les terrains et le matériel dont ils disposent, si les prix sont élevés plutôt que bas. De toute évidence, la réponse est positive.

La courbe normale de l’offre est donc ascendante, alors que la courbe de la demande est descendante. L’angle de sa pente dépend de la quantité de produits qu’un fournisseur peut rapidement mettre sur le marché si le prix monte. L’agriculteur peut être limité par une récolte. General Motors peut produire beaucoup de voitures en faisant travailler trois équipes. Voici à quoi pourrait ressembler une courbe type de l’offre à court terme.