Accueil du site /

 

 Qu’est-il arrivé a la production ?

Quelles sont les causes de ce phénomène de recul ? Les hauts et les bas de ces dernières années semblent indiquer que deux processus sont en jeu : l’un à court terme et l’autre à long terme. Le processus à court terme n’est pas particulièrement dangereux. Il se manifeste parce que la productivité mesurée le nombre de voitures, ou de tonnes d’acier, ou de tonnes ! kilomètres de fret produits par un employé moyen augmente ou diminue selon que nous traversons une période d’expansion ou de récession. En période de récession, les employeurs peuvent être contraints de licencier une partie de leur personnel, mais ils essaient de conserver leurs employés compétents même s’ils ne sont pas occupés à plein temps, parce que les employeurs savent que quand la tendance s’inverse, il n’est pas facile de trouver un comptable au courant des affaires de la société, ou un vendeur qui connaisse les produits, ou un dessinateur industriel polyvalent. Ainsi, le fléchissement de la production est réparti entre des effectifs plus importants qu’ils ne devraient l’être et le résultat inévitable est une chute de la production moyenne par employé. C’est aussi la raison pour laquelle la productivité remonte rapidement dès que la production reprend, car il est possible d’accroître la production sans avoir à embaucher un nouveau comptable, vendeur ou dessinateur industriel. En conséquence, en période de relance, les chiffres de la productivité sont bons.

Ces causes à court terme invitent à la prudence et à ne pas réagir de façon excessive aux gros titres des journaux annonçant des chutes catastrophiques de la productivité. Toutefois, elles ne tiennent pas compte de la détérioration de la performance américaine, qui se poursuit d’année en année. Par exemple, la baisse de productivité de 1979 est intervenue avant la récession. Il se passait donc quelque chose de plus fondamental.

Qu’y avait il ? Deux responsables bien connus viennent immédiatement à l’esprit l’acier et l’automobile. Tout le monde sait que ces deux secteurs ont connu des temps très difficiles face à la concurrence étrangère, notamment d’Allemagne Fédérale et du Japon. Il a donc fallu prendre des mesures protectionnistes pour empêcher ces secteurs d’être submergés par les importations. Or, il est curieux de constater que, si l’on explore la totalité du panorama de l’économie américaine afin de déceler les secteurs dans lesquels la productivité a chuté de la façon la plus alarmante, ce ne sont pas ceux qui attirent en premier l’attention. Laissons les donc de côté pour aller voir ailleurs.

Le premier point qui devrait retenir notre attention, c’est le décalage qui s’est opéré dans la répartition de l’effort productif de l’Amérique. Si nous comparons les années 1980 aux années 1950 ou aux années 1880 nous constatons un déplacement régulier de la main d’oeuvre et des capitaux aux dépens de l’agriculture, et au profit tout d’abord de l’industrie, et ensuite du secteur des services. Schématiquement, le travailleur type était agriculteur en 1900, ouvrier d’usine en 1940, vendeur en 1980. En termes économiques, ce phénomène a abouti à une hausse de la productivité des États Unis dans les premières années du développement du secteur industriel, puis à une baisse, récemment, avec l’expansion du secteur des services. Aujourd’hui, près de 70 % de la population active travaillent dans une industrie de services, que ce soit McDonald, H. et R. Block, Macy ou le système scolaire local. C’est un pourcentage très supérieur à celui que l’on observe dans les autres pays industriels.

Bien sûr, le vocable « services » couvre un très large éventail d’activités et d’emplois. La définition technique englobe des activités telles que les communications ou les transports, où la productivité est très élevée. Elle couvre aussi le vaste domaine du commerce de détail, où la productivité est généralement de l’ordre de la moitié de celle de l’industrie. Ce qui est intéressant à cet égard, c’est que certains domaines dans ce vaste secteur des services, caractérisés par une productivité anormalement faible, sont aussi les domaines dans lesquels l’emploi s’est le plus développé depuis une dizaine d’années, notamment les activités juridiques et comptables, les soins médicaux et l’éducation. Dans ces deux derniers domaines, la production par travailleur vaut beaucoup moins cher de l’heure et s’est développée beaucoup plus lentement que partout ailleurs dans l’économie. De fait, les 150 000 personnes que nous avons ajoutées à nos forces de sécurité privées depuis dix ans ont un effet purement négatif sur la productivité, parce qu’elles grèvent les coûts sans rien apporter à la production.

Cela ne veut pas dire que les agents de sécurité, ou la police, ne sont pas nécessaires, ni que les cliniques ne servent à rien. Bien au contraire, il est probable que nous n’avons pas assez de policiers ou de gardiens, et tout le monde sait que l’on manque de personnel et de matériel de santé. Malheureusement, cela ne fait que prouver que nous devons payer le prix d’une productivité moyenne plus faible pour créer une société offrant des équipements, une sécurité et un bon gouvernement : c’est l’une des raisons pour lesquelles notre productivité a diminué. De plus, de nombreux secteurs industriels importants ont rencontré des problèmes de productivité spécifique. C’est le cas de l’extraction minière, où la baisse a été particulièrement sensible. Cette diminution peut être imputée à deux facteurs très différents. Dans le cas de la production pétrolière (qui fait partie de l’extraction minière), c’est la nature qui est en cause. Nous sommes en effet entrés dans une phase d’épuisement géologique en Amérique : les vieux puits produisent moins de pétrole, les nouveaux puits doivent être plus profonds et leur rendement est moindre. C’est un problème qui risque de s’aggraver, même si l’on parvient à extraire du pétrole des schistes ou à récupérer le pétrole qui reste piégé dans les formations rocheuses exploitées autrefois.

Le second volet du problème de l’extraction minière concerne l’industrie du charbon. Là, la difficulté n’est pas d’ordre géologique mais social. Des mesures plus rigoureuses de sécurité et de protection de l’environnement contribuent à augmenter les coûts supportés par l’extraction du charbon, surtout lorsqu’il faut réparer les dommages causés par les opérations d’exploitation à ciel ouvert. Ces mesures viennent s’ajouter à la main d’oeuvre nécessaire pour produire chaque tonne de charbon, ce qui a pour conséquence d’abaisser notre productivité. Il en va de même pour l’exploitation des mines de cuivre. Comme pour ce qui concerne les besoins en personnel de sécurité ou en cliniques, quel que soit le prix que l’on attache à la protection de l’environnement, il faut aussi reconnaître qu’il y a un prix à payer en termes de production par travailleur.

L’extraction minière n’est pas le seul secteur dans lequel la productivité a chuté. On retrouve ce phénomène dans les services publics, en partie à cause du coût très élevé de l’énergie. Le cas de l’industrie du bâtiment est plus intéressant, parce qu’on ne sait pas vraiment pourquoi la productivité a diminue. Les données révèlent incontestablement une baisse régulière de la production par travailleur, dans ce vaste secteur. Pourquoi ? Peut être qu’on ne construit plus autant de villages nouveaux avec leurs maisons de poupées. Peut être que beaucoup de grands projets de construction pour l’énergie nucléaire ont été arrêtés. Peut être que le problème de la construction est tout simplement plus compliqué qu’il ne l’était auparavant. Peut être que l’ancienne morale du travail est révolue. Le fait est que nous ne connaissons pas la réponse. Tout ce que nous savons, c’est que la productivité est en baisse dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, et qu’elle contribue là encore à faire baisser la moyenne nationale.