La lutte contre l’inflation
Quel est le meilleur moyen de contenir l’inflation ? Les réponses ne sont pas difficiles à formuler, d’un strict point de vue mécanique. L’ennui, c’est qu’une économie n’est pas un moteur. Elle n’est pas faite d’engrenages et de pièces mécaniques, mais d’individus, de catégories et de régions. Un moteur supporte très bien que l’on change ou que l’on règle certaines pièces, mais une économie supporte mal de voir ses composants ses composants vivants changés ou modifiés, et encore moins éliminés. Dans la lutte contre l’inflation, il s’agit donc de concevoir des mesures qui non seulement soient efficaces économiquement, mais aussi acceptables sur le plan politique. Comme nous allons le voir, c’est là que réside la difficulté.
L’équilibre du budget fédéral
Commençons par l’un des remèdes à l’inflation les plus souvent préconisés : l’équilibre du budget fédéral. Cet équilibre permettrait il de juguler l’inflation ?
Toutes choses étant égales par ailleurs, comme aiment à dire les économistes, l’équilibre du budget aiderait à freiner l’inflation. Dégager un excédent aiderait même encore davantage. Mais le problème ne s’arrête pas là. En effet, il existe plusieurs manières d’équilibrer le budget fédéral. L’une d’elles, très impopulaire actuellement, mais probablement très efficace, consiste à maintenir les dépenses à leur niveau et à augmenter les impôts pour les couvrir. En 1981, si nous avions relevé les impôts de 20 %, nous aurions équilibré le budget fédéral et porté un coup considérable à l’inflation par la même occasion. La question politique est la suivante : qui aurait voté l’augmentation d’impôts ?
On peut aussi équilibrer le budget en réduisant les impôts, mais à condition de limiter suffisamment les dépenses pour que les sorties correspondent aux entrées. C’est plus ou moins la base du plan du gouvernement Reagan. On connaît les problèmes qui se posent déjà. Lorsque les contribuables bénéficient d’une diminution d’impôts, vont ils placer la différence à la banque ou bien la dépenser ? Dans ce dernier cas, il y aura relance de l’inflation bien que le budget soit équilibré. Autre question : l’équilibre budgétaire va t il contribuer à calmer l’économie américaine ? Le gouvernement Reagan a l’intention de réduire les dépenses d’urbanisation, de transports en commun, d’éducation, d’aide alimentaire et de formation des chômeurs, et de dépenser davantage en missiles, bombardiers, navires de guerre et armée. Ce changement d’orientation va t il faire baisser les prix ?
Enfin, il faut prendre en considération la totalité du budget public, et non pas seulement le budget fédéral, lorsqu’on préconise un équilibrage des budgets pour remédier à l’inflation. En effet, une part importante du déficit fédéral est une conséquence des subventions du gouvernement fédéral à différents États et municipalités. En 1979, par exemple, le déficit du budget fédéral s’élevait à 14 milliards de dollars. Or, le secteur public dans son ensemble ne faisait pas apparaître de déficit. Le déficit apparu à Washington était plus que compensé par les excédents des villes de Houston (Texas), de Phoenix (Arizona) et de Sacramento (Californie), excédents résultant de l’aide fédérale aux États.
Il y a quelques années, un groupe de parlementaires, préoccupés par la nécessité de mettre un frein à l’inflation en équilibrant le budget fédéral, vinrent faire part de leur point de vue à Tip O’Neill, président de la Chambre des représentants. O’Neill écouta avec sympathie leur plaidoyer pour qu’un terme soit mis à ce maudit déficit fédéral, créateur d’inflation. Il souligna les difficultés que présenterait une diminution des dépenses militaires ou de sécurité sociale, des frais financiers, et ainsi de suite. Finalement, il en vint à un poste important, près de 20 % des dépenses fédérales, destiné à subventionner les États et municipalités. Il suggéra alors d’un ton rêveur que ce poste puisse être réduit, ce qui permettrait certainement d’obtenir un budget équilibré à Washington. La délégation se départit de son zèle, de même que la plupart de ceux qui se penchent sur la réalité de l’équilibre budgétaire fédéral et non sur la rhétorique.