L’inflation (suite)
Quelle est donc la racine de ce mal opiniâtre dont nous souffrons ? Interrogez une demi douzaine d’économistes et vous obtiendrez une demi douzaine de réponses. L’un accusera certainement la masse monétaire, et expliquera que le gouvernement, par l’intermédiaire du Federal Reserve System, a créé trop de crédit, de sorte que les banques ont permis aux particuliers et aux entreprises de dépenser trop d’argent. L’explication monétaire remonte au vieil adage selon lequel trop d’argent pourchasse trop peu de marchandises. Nous en verrons le bien fondé un peu plus tard.
Un second économiste va mettre en cause la concentration du pouvoir économique privé. Ou plutôt, si cet économiste est un libéral, il stigmatisera le pouvoir des grandes entreprises qui ont fait monter leurs prix plus vite que leurs coûts ; si l’économiste en question est un conservateur, il blâmera les syndicats qui ont cherché à obtenir des hausses de salaires supérieures à celles que justifiait l’accroissement de la productivité.
Un troisième économiste, considérant également le pouvoir comme la cause première de l’inflation, pourrait accuser les pouvoirs publics d’être les principaux responsables. Là encore, bien sûr, tout dépend de sa coloration politique. Un économiste conservateur, partisan de l’offre, trouve une importante source d’inflation dans les coûts imposés aux entreprises par une réglementation excessive (par exemple, contrôle obligatoire coûteux de la pollution), et dans le découragement éprouvé par l’industrie en général du fait de la lourde fiscalité. Un économiste libéral se soucie moins de ces effets que de l’impact inflationniste d’un vaste secteur militaire, en développement rapide, qui absorbe ressources et compétences. Il ne fait aucun doute que ces deux économistes seront d’accord pour dire que l’inflation a été fortement stimulée par les activités des compagnies pétrolières et de leurs maîtres de l’OPEP.
Et l’on n’a pas encore épuisé toutes les possibilités. Le fléchissement de la productivité joue parfois le rôle de principal accusé dans le drame de l’inflation ; parfois encore c’est le processus de l’indexation qui, comme nous l’avons vu, contribue à une hausse constante des revenus, tels que les prestations sociales ou les salaires négociés par les syndicats, lorsqu’ils sont directement liés à un indice du coût de la vie. Enfin, il en est pour dire que l’inflation est tout simplement le reflet de notre état d’esprit, de notre détermination collective nationale de vivre bien et de payer plus tard.
C’est à toute cette batterie d’explications que l’on est confronté lorsqu’on écoute les économistes, les hommes politiques ou certains journalistes. Laquelle de ces explications est la bonne ? La difficulté, c’est qu’elles ont pratiquement toutes quelque chose de valable et d’important à dire sur le phénomène de l’inflation. Ce qui manque, c’est un cadre cohérent dans lequel replacer ces diverses explications de telle sorte qu’elles s’articulent et se confirment mutuellement, au lieu de s’affronter, pour notre plus grande confusion.