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 création de monnaie

On a plus souvent recours à une troisième méthode, celle des opérations sur le marché monétaire. Cette technique permet aux banques fédérales de modifier le montant des réserves en achetant ou en vendant sur le marché monétaire des obligations d’État.

Comment cela fonctionne t il ? Supposons que le Fed souhaite augmenter les réserves des banques membres du système. Il commencera par acheter des bons d’État auprès des intermédiaires spécialistes du marché obligataire, et les paiera avec des chèques sur le Federal Reserve System.

Mais attention : ces chèques ne sont pas tirés sur une banque individuelle, mais sur la banque fédérale elle même. L’intermédiaire vendeur d’obligations déposera évidemment ce chèque comme n’importe quel autre auprès de sa banque et celle ci l’enverra à la banque fédérale pour créditer son propre compte, comme n’importe quel chèque. La banque de l’intermédiaire aura augmenté ses réserves sans qu’aucune autre banque ait diminué les siennes. Au total, le système se trouve ainsi doté d’une capacité supérieure de prêt et d’investissement. En achetant des obligations d’État, l’institut d’émission procède en fait à des dépôts monétaires sur le compte de ses membres, leur conférant ainsi les réserves supplémentaires qu’il cherchait à créer . C’est ce que l’on appelle la monétarisation de la dette.

Par contre, si les autorités monétaires décident que les réserves des banques membres sont trop importantes, elles vendront des titres les bons du Trésor américain qui représentent une part de l’actif des banques fédérales. Le processus s’enclenche alors en sens inverse. Les intermédiaires ou autres acheteurs de ces titres donnent en paiement au Fed des chèques tirés sur leur banque habituelle. Cette fois, l’institut d’émission débite ces chèques au compte des banques membres, ce qui réduit leurs réserves. Les chèques n’étant pas transmis à une autre banque, c’est l’ensemble du système qui voit ses réserves diminuer. En d’autres termes, la vente d’obligations permet aux autorités de l’institut central d’émission de réduire le montant des comptes ouverts par les banques membre auprès de la banque fédérale, et par conséquent de réduire leurs réserves.

Le Fed dispose donc de trois moyens pour diminuer ou augmenter la masse monétaire accroître ou réduire les réserves bancaires, faire monter ou baisser le taux d’escompte, vendre ou acheter des obligations émises par l’État.

Comment fonctionnent ces diverses techniques ? Le Fed est il en mesure d’ajuster étroitement la masse monétaire aux besoins du pays ? Comme dans bien des domaines économiques, la réponse n’est pas limpide. Le Fed comme l’institut central d’émission de n’importe quel pays peut sans aucun doute changer la masse monétaire. Reste à savoir si son action peut être précise et exactement conforme à ses voeux.

Les problèmes à résoudre appartiennent à deux familles différentes :

Le Fed peut ne pas savoir ce qu’il faut faire

Cela n’a rien à voir avec les connaissances ou la précision du conseil des gouverneurs de l’institut d’émission, pas plus qu’avec la qualité de son personnel technique. C’est plutôt que, depuis une dizaine d’années, l’économie de la plupart des nations occidentales est victime d’un état fâcheux de « stagflation ».

Ce terme indique que l’économie souffre à la fois d’inflation et de stagnation. La plupart des secteurs industriels voient leurs prix augmenter, tandis qu’une main d’oeuvre importante ne trouve pas de travail. Cela pose aux autorités monétaires un dilemme cruel. Si l’aspect stagnation leur apparaît plus grave que l’aspect inflation, elles augmenteront la masse monétaire, mais le résultat risque d’être une hausse immédiate et brutale du coût de la vie, sans amélioration sensible du marché de l’emploi. Au contraire, si les autorités s’inquiètent plus de l’inflation que du chômage (c’est d’ailleurs le cas depuis quelques années), elles vont réduire la disponibilité des réserves, ce qui pourra aboutir très rapidement à une baisse de l’emploi, surtout dans les entreprises dépendant fortement du financement bancaire, par exemple dans le bâtiment, sans apporter d’amélioration immédiate aux acheteurs soucieux de la hausse des prix.

Nous reparlerons de ce dilemme dans les chapitres suivants, mais on voit déjà quels problèmes tragiques il pose à une banque centrale. Quelle que soit la politique adoptée lutte contre l’inflation ou contre la stagnation le résultat en sera douloureux, et la guérison ne surviendra pas vite. Le danger est donc de voir les autorités monétaires centrales hésiter, relâcher d’abord leur emprise sur le crédit, pour la resserrer ensuite, la relâcher encore et recommencer. Comment s’étonner que l’économie ne réagisse pas bien à ce genre de traitement ?

Le Fed peut ne pas réussir à faire ce qu’il veut

Même lorsque l’institut d’émission sait exactement le but qu’il veut atteindre, il n’y parvient pas toujours. On compare souvent la capacité d’action des autorités centrales sur la masse monétaire à ce que l’on peut faire avec une ficelle : tirer sur une ficelle est facile, mais pousser n’est nullement aisé. De même pour le Fed : il n’aura aucune difficulté à resserrer le crédit en réduisant les réserves des banques membres, par différents moyens, mais la manoeuvre inverse est plus délicate. L’institut d’émission peut réduire les coefficients de réserves ou monétarisé la dette (en achetant sur le marché monétaire des obligations émises par l’État) afin d’alimenter le système bancaire en réserves, mais il ne peut forcer les banques à consentir des prêts si elles n’en ont pas envie.

En général, c’est ce qu’elles souhaitent, mais dans les temps difficiles ce fut le cas pendant la grande crise des années 30elles préfèrent accumuler des réserves inutilisées que s’aventurer sur le marché des prêts à haut risque. Dans ce cas, le Fed n’a aucun moyen de mettre les réserves bancaires à la disposition du public.

Sa tâche est d’autant plus compliquée que les augmentations ou les réductions de la masse monétaire ne servent pas toujours à financer ou à réduire les dépenses de biens et de services. Elles peuvent aussi être utilisées pour augmenter ou réduire les disponibilités individuelles, le montant des liquidités détenues par les particuliers. Supposons par exemple que les autorités centrales prévoient une accélération de l’inflation et décident de serrer la vis pour diminuer les capacités de prêt des banques. Si tout marchait comme dans un livre, il y aurait moins de prêts, donc moins de dépenses, donc une pression allégée sur les prix du marché. Mais si le public éprouve les mêmes craintes quant à l’avenir que le Fed, la population peut décider de réduire ses liquidités, de dépenser son argent « pendant qu’il vaut encore quelque chose ». Dans ce cas, les restrictions apportées par le Fed pourront être contrariées par une augmentation des dépenses du public.

Un phénomène comparable peut annuler l’efficacité du Fed s’il décide d’augmenter la masse monétaire, d’encourager l’emprunt pour lutter contre une menace de récession. Là aussi, si le public est inquiet de l’avenir, les ménages et les entreprises pourront décider de réduire leurs dépenses et de conserver leurs liquidités. Toute la monnaie créée par le Fed pour financer de nouvelles dépenses viendra alors satisfaire la demande renforcée de liquidités.