Le federal reserve system, institut d’emission americain
Pendant bien longtemps, les banques ont fixé elles mêmes le taux de réserves qui leur semblait raisonnable par rapport à leurs dépôts à vue. La plupart des grandes banques font aujourd’hui partie du Federal Reserve System, organisation bancaire centralisée créée en 1913 pour renforcer les activités bancaires du pays. Le système divise les Etats Unis en douze districts, disposant chacun d’une banque fédérale (Federal Reserve Bank) appartenant aux banques membres de l’organisation pour le district. Ces douze banques fédérales sont elles mêmes placées sous l’autorité d’un conseil de sept membres, le Federal Reserve Board, qui siège à Washington. Son président nomme les membres du conseil pour des mandats de 14 ans, avec l’avis et l’approbation du Sénat : ce conseil constitue donc une autorité monétaire indépendante, créée délibérément en tant que telle.
L’une des fonctions essentielles du Federal Reserve Board est de définir le coefficient de réserves des différentes catégories de banques, à l’intérieur des limites fixées par le Congrès. Dans le passé, ces taux s’établissaient entre 13 et 26 % des dépôts à vue pour les banques urbaines, et un peu plus bas pour les banques rurales. Ces coefficients sont aujourd’hui définis en fonction de la taille de la banque et du type de dépôts et varient entre 18 % pour les plus grosses banques et 8 % pour les plus petites. Le conseil fixe aussi les exigences de réserves pour les dépôts à terme (c’est la dénomination technique des comptes d’épargne), qui varient entre 1 et 6 % selon la facilité de conversion en monnaie.
La seconde fonction vitale des banques fédérales de réserve est de jouer auprès des banques individuelles le même rôle que celles ci jouent après du public. Les banques déposent automatiquement sur le compte ouvert auprès de la banque fédérale les chèques qu’elles reçoivent d’autres banques. Comme leurs déposants ne cessent de tirer sur leurs comptes des chèques qui viennent au crédit d’un compte auprès d’une autre banque, on assiste à un processus continuel de compensation par l’intermédiaire de l’institut central d’émission. La balance, le « compte en banque » de chaque banque individuelle auprès du système fédéral, fait partie de ses réserves, comme la monnaie qu’elle détient dans ses coffres.
Les banques américaines opèrent donc dans le cadre d’un système de réserves obligatoires, c’est à dire qu’une fraction définie de la totalité des dépôts à vue doit être disponible à tout moment, soit en argent liquide, soit auprès du Federal Reserve System (le Fed, dans le jargon des économistes et des banquiers). L’ampleur de cette fraction minimale est déterminée par le Fed, pour des raisons de contrôle que nous allons voir. Au contraire de ce que nous pourrions être tentés de croire, il ne s’agit pas d’assurer la couverture de nos dépôts en banque. Dans tout système de réserves obligatoires, si tous les déposants décidaient de transformer les comptes courants qu’ils possèdent dans toutes les banques en argent liquide au même moment, les banques, incapables de répondre à la demande, seraient obligées de fermer : ce phénomène économique, aussi destructeur que terrifiant, s’appelle un rush bancaire. La menace en est moins grave aujourd’hui, les banques du système fédéral pouvant, nous allons le voir, fournir à leurs membres de grandes quantités d’argent liquide.
Mais pourquoi courir ce risque, si faible soit il ? Quel est l’avantage que présente un système de réserves obligatoires ? Pour répondre à cette question, revenons à notre banque.
Admettons que ses clients lui aient remis au total un million de dollars, et que le Federal Reserve Board exige une réserve de 20 %, pour plus de simplicité. La banque doit donc à tout moment conserver 200 000 dollars disponibles, soit en argent liquide dans ses coffres, soit sur son dépôt à vue auprès de la banque fédérale.
Cette condition remplie, que fait elle du reste ? Si elle le laisse dormir soit dans ses coffres, soit sur son compte fédéral, notre banque aura une très grande liquidité une forte masse d’argent immédiatement disponible mais aucun moyen de s’assurer un revenu, et à moins de faire payer très cher le service des chèques, il lui faudra fermer.
Les banques ont pourtant un moyen évident de gagner de l’argent tout en rendant des services : elles peuvent utiliser le montant des dépôts, au delà des exigences de réserve, pour consentir des prêts aux entreprises ou aux familles, ou pour faire des investissements financiers en actions d’entreprises ou en obligations d’État. Cela leur permet de gagner de l’argent, mais aussi de contribuer aux investissements industriels et aux processus d’emprunt des pouvoirs publics.
Le système des réserves obligatoires permet donc aux banques de prêter ou d’investir une partie des fonds qui leur sont confiés. Mais ce n’est pas son seul avantage.
Nous verrons au chapitre suivant qu’il donne au Fed le moyen de contrôler les montants prêtés ou investis par le système bancaire. En d’autres termes, le système des réserves obligatoires est un levier donnant aux autorités fédérales le moyen de contrôler la masse monétaire en circulation c’est à dire le montant des dépôts que les banques peuvent accepter.