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 L’etat en tant que secteur

Quel que soit le sentiment individuel sur ce que devraient faire les pouvoirs publics, il faut avant tout comprendre Ce qu’ils font. Les économistes qui s’opposent le plus vivement sur la meilleure politique gouvernementale restent capables de se mettre d’accord sur leur compréhension du fonctionnement du secteur public.

Il faut commencer par déterminer la différence de motifs qui commandent les dépenses publiques par opposition aux dépenses privées. Pour les ménages et les entreprises, les décisions sont prises librement. Les ménages décident de dépenser ou d’économiser leurs revenus comme cela leur convient. De même, les entreprises appliquent leur jugement au choix de leurs investissements.

Quand il s’agit des dépenses du secteur public, la motivation est tout à fait différente. Le montant des dépenses n’est plus déterminé par les habitudes ou la recherche du profit, mais par les décisions politiques c’est à dire par la volonté collective de la population, formulée et exprimée par ses représentants législatifs ou exécutifs à l’échelon local, au niveau de l’État ou au niveau fédéral.

La présence d’une volonté politique explicite donne donc un sens bien particulier au secteur public. C’est le seul dont les dépenses et les recettes soient soumises à un contrôle délibéré. Nous pouvons, par l’action publique, exercer une influence essentielle sur le comportement des ménages et des entreprises. Mais nous n’avons pas la capacité d’influer directement sur leur activité économique, comme cela nous est possible pour le secteur public.

L’idée fondamentale sur laquelle repose la politique du secteur public est très simple. Nous avons vu que l’une des raisons des récessions économiques est que les secteurs
industriels ne réussissent pas à contrebalancer l’épargne par des investissements suffisants. Si la baisse du PNB est due à la faiblesse des dépenses dans un secteur, notre analyse suggère alors une solution. L’insuffisance des dépenses engagées par les entreprises ne pourrait elle être équilibrée par des dépenses supérieures dans un autre secteur, le secteur public ? Celui ci ne pourrait il pas offrir une voie supplémentaire de transfert de l’épargne en dépenses9 ?

Nous connaissons déjà la réponse. On peut effectivement supprimer une insuffisance de la demande en transférant l’épargne sur le secteur public et en la dépensant. Nous avons vu qu’en ce qui concerne la mécanique du processus, peu importe que l’argent épargné soit emprunté par AT et T et consacré à la construction d’un satellite privé, ou emprunté par le Trésor et consacré à un satellite d’État. C’est dans le domaine politique que réside la différence. L’effet produit sur l’opinion, les espérances et la confiance du monde des affaires peuvent varier du tout au tout. Du strict point de vue du fonctionnement et de la coopération entre les secteurs, c’est exactement la même chose. Malgré le désaccord profond qui oppose les économistes quant aux implications et aux répercussions secondaires des dépenses de l’État, tout le monde convient que les activités économiques du gouvernement doivent être analysées comme un secteur, comparable à celui des entreprises ou des ménages.

Cela veut dire que lorsque l’État augmente ses achats, il ajoute au PNB, exactement comme les ménages ou les entreprises (quand les pouvoirs publics augmentent le montant des transferts, l’effet stimulant indirect sur le PNB dépend de la provenance de cet argent et de sa destination). D’un autre côté, quand l’État réduit ses dépenses, il fait baisser le niveau de l’activité économique, tout comme les ménages ou les entreprises. Enfin, si le gouvernement économise régulièrement de l’argent en prélevant des impôts supérieurs à ses dépenses pour se doter d’un excédent budgétaire, il crée une insuffisance de la demande exactement comme les ménages lorsqu’ils mettent leurs revenus de côté. Dans ce cas, c’est aux entreprises qu’il incombe d’investir suffisamment pour équilibrer l’épargne des ménages et du secteur public, si l’on veut éviter la baisse du PNB.