L’importance du secteur public
La seconde distinction est celle que nous avons cherché à faire depuis le début la distinction entre les administrations fédérales, d’État ou locales ; La plupart des achats de PNB se produisent au niveau des États ou des collectivités locales et non au niveau fédéral. La plupart des paiements émanent du gouvernement fédéral, et non des États ou des municipalités. C’est ce que montre clairement l’encadré.
L’une des raisons de garder cette division présente à l’esprit est que le gouvernement fédéral fournit des sommes importantes aux Etats et aux municipalités. Ces subventions sont en fait des transferts. Elles permettent aux États et aux autorités locales d’exécuter différents programmes qui, autrement, dépasseraient leurs moyens. De plus, le gouvernement fédéral se trouve en déficit parce qu’il finance les activités des États et des municipalités. Supprimez les transferts du gouvernement fédéral aux villes et aux États, et vous supprimez totalement le déficit fédéral. Malheureusement, les États et les collectivités locales se trouveraient aussitôt dans une situation sans issue. Nous y reviendrons.
En troisième lieu, on ne peut envisager les pouvoirs publics sans garder à l’esprit la division entre bien être et armements. La distinction entre les achats et les transferts aide aussi sur ce point. La plupart des achats fédéraux de PNB concernent les armements en 1980, par exemple, les deux tiers de la contribution fédérale au PNB concernaient le domaine militaire. Bien que l’on se plaigne de l’expansion du gouvernement fédéral, celui ci achète à peu près la même fraction de biens et de services qu’en 1940. Ce sont les États et les municipalités qui ont beaucoup accru leurs acquisitions, avec l’amplification des programmes de santé, d’éducation, de transport.
Pourquoi donc tant de protestations ? C’est que le bien être et surtout les transferts ont connu une croissance énorme. C’est là que réside la raison de l’augmentation en flèche des dépenses fédérales. La part des transferts dans le PNB, nous l’avons vu, a été multipliée par 10 depuis 1929.
Est ce trop ? Sans aucun doute, une bonne partie de l’opinion américaine manifeste aujourd’hui un très fort sentiment d’opposition aux dépenses de l’État. Signalons en passant que ces protestations ne sont pas toujours entièrement désintéressées. Les habitants des villes ne jugent pas que les pouvoirs publics consacrent trop d’argent aux problèmes urbains, au contraire des habitants des campagnes. Ceux ci n’estiment pas que les sommes consacrées aux problèmes agricoles soient excessives, au contraire des citadins. Les couples ayant des enfants ne veulent pas que l’on réduise les budgets scolaires, comme le souhaitent ceux qui n’ont pas d’enfants. Les personnes âgées veulent voir augmenter les prestations sociales, ce que les jeunes ne demandent pas.
L’économiste n’est pas particulièrement qualifié pour résoudre ces problèmes fondamentalement politiques. Les économistes peuvent parler en connaissance de cause des effets de différentes dépenses sociales par exemple de l’assurance chômage, qui rend moins coûteux le changement d’emploi mais ne sont pas en mesure de définir si l’effet est bon ou mauvais. C’est là qu’interviennent les jugements de valeur.
L’encadré suivant apporte des éléments de comparaison sur l’importance du secteur public en France et en Europe.