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 Entrée en scène des puouvoirs publics

Nous n’en avons pas terminé avec les caisses de sortie. Nous avons vu que la demande de PNB surgit parce que les ménages dépensent la plus grande partie de leurs gains, et les entreprises la plus grande partie de leurs recettes plus les économies provenant des ménages. Mais nous n’avons pas encore observé ce qui se produit aux caisses réservées aux pouvoirs publics, ou aux étrangers.

Parlons d’abord de l’État. Un, premier coup d’oeil fait apparaître une ressemblance entre le secteur public et celui des entreprises privées, ou des ménages. Si nous considérons les pouvoirs publics comme un rassemblement d’organismes d’achat à l’échelon municipal, d’État ou fédéral, nous constatons que ce secteur acquiert bien des services avec ses recettes courantes le revenu des impôts de même que les entreprises et les familles dépensent leurs gains habituels. Il existe cependant une différence cruciale entre les recettes des pouvoirs publics et celles des ménages ou des entreprises. A de rares exceptions près, l’administration ne vend pas ses produits, quelle que puisse en être l’utilisation. Les routes publiques à péage ou les droits d’atterrissage dans les aéroports sont des exceptions à la règle générale qui veut qu’un gouvernement fournisse ses services à titre gracieux. Il lui faut donc assurer ses revenus par d’autres moyens, et il réquisitionne une part du revenu des ménages ou des entreprises. Le terme « réquisitionner » peut paraître extrême, mais il faut bien admettre que les impôts ne ressemblent pas aux charges ordinaires. Un ménage, une entreprise peuvent refuser d’acheter la production d’un autre ménage ou d’une autre entreprise, ils ne peuvent refuser d’acheter la production du gouvernement. Le paiement des impôts est une obligation.

D’autre part, il ne faut pas oublier que les impôts sont aussi l’expression de la volonté de l’électorat, quelle que soit la gaucherie de son expression. De plus, nous devons nous souvenir que l’État fournit en échange de ces impôts un service absolument essentiel sans lequel aucun ménage, aucune entreprise ne pourraient gagner un sou il s’agit du maintien de la loi et de l’ordre, et de la protection des droits de propriété. « C’est uniquement sous la protection du magistrat civil, écrivait Adam Smith, que le propriétaire d’un.., bien de valeur... peut dormir en sûreté.

Il y a donc une différence profonde entre les rôles politiques des secteurs public et privé. Mais il nous faut aussi admettre une ressemblance frappante entre ces secteurs en ce qui concerne la coopération et la coordination économiques. Supposons par exemple que le secteur des ménages crée une réduction de la demande par son épargne ordinaire et que le secteur industriel, pour une raison quelconque, ne puisse compenser cette réduction en empruntant ou en récupérant l’épargne par l’émission de nouvelles actions ou toute autre procédure comparable. Le gouvernement ne pourrait il emprunter cette épargne inutile et supprimer l’insuffisance de la demande en consacrant ces fonds à des dépenses publiques, par exemple à des investissements d’intérêt général ?

Il en a bien sûr la possibilité. S’il existe une réduction de la demande qu’il faut supprimer par le moyen de l’investissement, la situation sera t elle différente si cet investissement est consacré à un satellite de communication appartenant à AT & T ou au gouvernement, à une ligne de chemin de fer appartenant à la compagnie privée de Santa Fe ou au réseau public Amtrak, à une installation de prestations de services publique ou privée, à un grand barrage ou à une usine ? Il n’y aura aucune différence. L’essentiel est que l’épargne d’un secteur soit dépensée par un autre, ou que les dépenses d’investissement d’un secteur soient assurées par les économies d’un autre.

Ce n’est évidemment pas tout. On peut encore discuter longuement des activités que le gouvernement doit ou ne doit pas exercer. L’État peut il sans risque consacrer le produit de ses emprunts à des dépenses de consommation sécurité sociale, par exemple ? C’est là une question qui peut faire l’objet de longues controverses. On peut aussi discuter des risques de « débordement » sur le secteur privé quand le gouvernement élargit ses activités.

Les questions soulevées par l’intervention de l’État ne sont donc pas faciles à résoudre. Ce que l’on sait fort bien, par contre, c’est que les pouvoirs publics peuvent jouer exactement le même rôle d’investisseur que le secteur industriel. L’État peut, tout comme l’entreprise, utiliser ses capacités d’emprunt pour équilibrer une baisse des dépenses ailleurs. Faut il ou non qu’il le fasse ? Nous reviendrons un peu plus loin sur ce point. L’important est de voir que le gouvernement, en tant que secteur, peut et même doit coordonner ses activités avec celles des autres secteurs. Il n’est aucun économiste, conservateur ou radical, pour nier ce fait.

Examinons rapidement une autre source de la demande, la caisse de sortie étrangère, celle où les acheteurs étrangers présentent leur demande de production américaine en achetant des livraisons de céréales, d’ordinateurs, d’avions, de machines, celle aussi où les vendeurs étrangers fournissent le café, les minerais, le pétrole, les voitures étrangères aux acheteurs américains. Le fonctionnement de la partie réservée à la demande étrangère dans le PNB est plus compliqué que celui des autres secteurs. Nous reviendrons sur cet aspect au chapitre 19. Pour l’instant, notons simplement sa présence en portant toute notre attention sur les trois caisses à caractère national les ménages, les entreprises, les pouvoirs publics.

Tout le processus épargne investissement (le tiret étant là pour bien démontrer que ces deux opérations sont inséparables) est donc la clé de la croissance économique et des fluctuations économiques. La clé de la croissance, parce que l’investissement est l’activité permettant de mettre en place l’équipement qui nous rend plus productifs. C’est par l’investissement que furent construites les manufactures d’épingles d’Adam. Smith, qui multiplièrent par dix, par cent, par mille le nombre de produits fabriqués en une heure de travail. L’épargne investissement est aussi la clé des fluctuations du PNB, car le processus ne se déroule pas à un rythme régulier, invariable, mais plus ou moins vite selon que divers facteurs modifient le flot de l’épargne ou plus généralement les perspectives d’investissement. C’est la question à laquelle nous allons à présent nous intéresser.

Enfin, nous discernons un point essentiel : la demande est la force motrice immédiate de l’économie. C’est le volume global des dépenses dépenses consacrées par les ménages aux biens de consommation, par les entreprises aux biens d’équipement, par les pouvoirs publics aux produits de consommation et aux investissements, par les étrangers aux produits d’exportation qui fournissent le stimulus quotidien de notre production nationale brute. Même les tenants de la théorie de l’offre en économie, qui soulignent l’importance de l’encouragement à produire et l’effet de frein des impôts, seraient d’accord sur ce point. Quand la demande faiblit pour une raison quelconque, le PNB diminue, et avec lui l’emploi et les revenus. Mais la demande engendrée par les activités d’investissement normales du secteur privé, après suppression des réglementations et des taxes trop lourdes, aurait elle le pouvoir d’engendrer une croissance suffisante ? Les avis des économistes de différents courants diffèrent sur ce point. Les tenants de la théorie de l’offre donnent une réponse positive ; les tenants de la théorie de la demande estiment que l’Etat aurait sans doute à jouer un rôle d’appui.

C’est là bien sûr une question à résoudre plus tard. Nous n’allons pas entamer la discussion sur la théorie de l’offre avant d’avoir mieux compris comment fonctionnent les secteurs des ménages, des entreprises et des pouvoirs publics. C’est cette étude à laquelle nous allons maintenant nous attacher.