Revenons à la première caisse, celle où les ménages de notre pays font la queue pour acheter la production nationale de biens de consommation et de services. D’où vient le flux de dépenses des ménages ?
Pour l’essentiel, de leurs recettes salaires, rémunérations, loyers, dividendes, profits ou tout autre paiement reçu en échange d’un travail accompli, mais aussi des transferts, par exemple des prestations sociales. Le flot des dépenses peut augmenter, du moins pendant quelque temps, si les ménages tirent sur leur épargne ou liquident des actions ou des obligations, mais il est bien rare qu’on le fasse pour acheter des biens de consommation. Enfin, ce flot peut être augmenté par le crédit, de sorte que chaque année certains ménages dépenseront plus que leurs recettes courantes c’est souvent le cas pour un achat important, par exemple celui d’une voiture.
Mais si nous comparons la somme des recettes des ménages à la somme des dépenses consacrées par ces mêmes ménages aux biens de consommation, nous constatons qu’au total (en tant que secteur, dirait un économiste), les ménages économisent régulièrement une partie de leurs revenus. Bon an mal an, cette fraction s’établit à 5 %. Cela veut dire que même après avoir emprunté, fait usage des cartes de crédit, des comptes de paiement différé, etc., les ménages perçoivent plus d’argent qu’ils n’en dépensent.
Nous n’avons donc aucun mal à comprendre d’où provient la demande pour la part du PNB qui se compose des biens de consommation. Elle vient directement des revenus, salaires ou transferts, des ménages, complétés par leurs emprunts. En fait, si l’on examine le PNB sous l’angle macro économique, il faut se demander non pas d’où provient la demande du consommateur, mais ce qu’il advient de ces 5 %, qui ne rentrent pas dans le circuit économique et qui sont épargnés.
Cette question nous entraîne vers la caisse suivante, celle où les entreprises privées se fournissent en biens d’équipement. De même que les particuliers achètent les biens de consommation nécessaires au jour le jour avec leurs revenus, de même les entreprises font face à leurs besoins courants avec l’argent résultant de leur chiffre d’affaires. Nous pouvons nous représenter l’entreprise comme une famille gigantesque, payant les services, la main d’oeuvre dont elle a besoin et les matières premières ou les produits semi finis qu’elle utilise avec l’argent reçu de la vente de sa production.
Mais il existe une différence majeure entre le secteur des ménages et le secteur des entreprises : ce dernier n’a pas pour habitude d’économiser une part de ses recettes. Bien au contraire, il dépense habituellement plus qu’il ne reçoit. Ce principe est d’une telle importance qu’il mérite que nous y revenions : le comportement normal, habituel, sain et même nécessaire du monde des affaires pris dans son ensemble consiste à dépenser plus en rémunérations, salaires, matières premières, produits semi finis, terrains et investissements que le montant total acquis par la vente de la production.
Exprimé de la sorte, ce comportement paraît très dangereux. Comment une société, même la plus importante, peut elle se permettre de sortir, année après année, plus d’argent que ses ventes ne lui en rapportent ? La réponse est que l’entreprise ne dépense pas la totalité de ses recettes. Elle en « économise
aussi une partie sous la forme de profits, qu’elle pourra d’ailleurs débourser en tout ou partie, pour verser des dividendes ou acquérir des biens d’investissement. Mais en dehors et en plus de ses rentrées normales, l’entreprise se procure des rentrées financières supplémentaires en empruntant aux banques ou en vendant ses actions et obligations. Ces ressources additionnelles ces nouveaux capitaux qu’elle se procure sont également dépensées, non pour payer le fonctionnement courant des entreprises, mais pour financer des améliorations. AT T n’utilise pas le produit de ses émissions d’obligations pour payer les salaires de son personnel, mais pour financer la construction de nouvelles lignes téléphoniques, de nouveaux bâtiments, de satellites.
Le processus de l’épargne et de l’investissement se rattache donc directement au point clé de la macro économie. Les économies des ménages sont « acquises » par le secteur industriel pour financer de nouveaux investissements. Ceux ci deviennent à leur tour le moyen d’augmenter la productivité et donc de faire croître le PNB. C’est la première explication de la croissance et des fluctuations du PNB. Elle est suffisamment importante pour que nous la formulions de manière précise :