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 Composition du PNB

Pour élucider la question, voyons d’abord les choses de plus près. Un point apparaît immédiatement : le flot de la production provient de l’action conjuguée des facteurs de production, c’est à dire des efforts de la main d’oeuvre constituée par la population active de la nation, exploitant des capitaux et des terres détenus pour l’essentiel par les entreprises du pays, selon les lois et la réglementation déterminées par les pouvoirs publics. Nous voyons littéralement le flot de production naître des dizaines de millions de fermes et d’usines, de bureaux et d’administrations que nous survolons. Ce sont les sources qui contribuent à former le fleuve de la production nationale.

Tout d’abord, ce fleuve semble composé d’un ensemble hétéroclite. Il existe, en effet, des centaines de milliers, peut être des millions, de sortes de biens et de services dans le flot de production : toutes les denrées alimentaires possibles et imaginables, l’éventail complet des vêtements, les catalogues de machines, un fatras d’objets de toutes sortes. A y regarder de plus près, on peut distinguer dans cette diversité deux grandes catégories de produits : l’une est constituée de biens et de services qui seront achetés par les ménages pour leur usage personnel voitures, coupe de cheveux, bijoux, viandes. On appellera consommation ce bras du fleuve de la production, et les biens et services divers qui le composent seront les biens de consommation.

Nous connaissons tous cette partie consommation ou grand public du processus de production. En adoptant encore la perspective macro, on peut voir qu’il y a des biens et des services qui n’aboutissent jamais entre les mains d’un consommateur. Il s’agit de tout un flux de produits tels que machines, routes, immeubles de bureaux, ponts, sans parler des produits plus petits comme le mobilier de bureau et les machines à écrire. De toute évidence, ces biens font aussi partie du produit national brut, mais ce ne sont pas des biens de consommation. Ils portent un nom particulier ce sont des biens d’équipement et nous verrons qu’ils jouent un rôle clé dans la détermination du niveau économique.

La perspective macro permet aussi de voir que ces deux branches de la production prennent chacune en charge une partie différente de l’économie. Les biens de consommation contribuent manifestement à reconstituer la force de travail et la qualité de la vie des ménages de la nation. Sans ces biens, la population ne survivrait guère que quelques semaines. Les biens d’équipement remplissent aussi une fonction de reconstitution. En effet, la production de biens d’équipement contribue au renouvellement du capital de la nation, détenu principalement par ses entreprises et, dans une moindre mesure, par l’État. Ces biens d’équipement servent à réparer et à amplifier le réseau de routes et de barrages, les chaînes de montage et les entrepôts, les tours et les machines d’emboutissage, le matériel agricole et les immeubles d’habitation. Si cette source de production tarissait, la population ne disparaîtrait pas aussi vite qu’en cas d’arrêt de la production de biens de consommation, mais la force productive du pays s’amenuiserait, et celui ci régresserait progressivement à un stade de sous développement, puis à un niveau de société primitive.

En résumé, le PNB se compose de deux grandes catégories de produits les biens de consommation et les biens d’équipement. Les quelque 3 billions de dollars auxquels s’est élevé le produit national brut des États Unis en 1981, par exemple, représentent tout simplement la valeur totale des ventes de ces deux grandes catégories de produits. Pour mieux comprendre, imaginons que le fleuve de la production passe par les caisses d’un immense supermarché ; l’étiquette figurant sur chaque article est traitée par une caisse enregistreuse. Au bout d’un an, on sort le total, c’est le PNB de l’année.

Quelques points méritent cependant d’être précisés. Il faut savoir que le flux des produits qui passent par la caisse de sortie est composé de biens et de services publics et privés. Prenons, par exemple, la catégorie consommation. Les biens ou services de consommation, comme leur nom l’indique, sont consommés ou utilisés en général au cours d’une période assez brève. La plupart des produits de consommation sont achetés par des particuliers pour leur usage personnel ; ce sont des denrées alimentaires ou des vêtements, par exemple, ou des services comme des billets de cinéma ou la consultation d’un avocat. Certains produits de consommation sont achetés par les autorités locales ou nationales. Les services des enseignants ou des pompiers, par exemple, ressemblent aux services fournis par les juristes ou les spécialistes de la lutte contre l’incendie des puits de pétrole, mais il s’agit de consommation publique et non privée. Il est vrai qu’en fin de compte ce sont les particuliers qui bénéficient des services des enseignants ou des pompiers, mais celui qui paie ces services, c’est l’État.

On peut faire cette même distinction entre privé et public dans la catégorie équipement. D’une manière générale, les biens d’équipement durent longtemps et sont remplacés lorsqu’ils sont périmés ou hors d’usage, comme dans le cas d’une usine. C’est également vrai d’une route, d’un barrage, ou d’une usine municipale d’incinération. Ce sont aussi des biens d’équipement, mais publics et non privés.

N’oublions pas qu’il y a une composante équipement dans le PNB acheté par les pouvoirs publics ; nous verrons d’ailleurs que l’investissement joue un rôle très important dans la détermination du niveau de productivité d’un pays. On parle souvent du secteur public comme s’il ne concernait que des produits de consommation rapidement absorbés et non des biens d’équipement qui contribuent à la production future. C’est là une grave erreur.

Au sujet de la production du secteur public, il faut aussi préciser qu’il existe un flux très important de dépenses de l’État qu’on appelle les transferts. Il s’agit pour l’essentiel des versements de la Sécurité sociale, de l’indemnisationdu chômage, de l’aide aux handicapés ou aux plus démunis, et de toutes sortes de subventions. Aux États Unis, les transferts effeçtués par l’autorité fédérale se sont élevés à près de 280 milliards de dollars en 1981, soit presque 10% du PNB.

Pourtant, dans l’addition qui aboutit au PNB, on ne fait intervenir aucun transfert. Il s’agit en effet, comme le nom l’indique, de versements à but social, qui ne viennent pas rémunérer un service rendu par le destinataire. C’est là toute la différence : lorsqu’on paie une note de blanchisseur, on effectue un transfert de fonds au bénéfice d’une personne ayant accompli un travail. De même, lorsqu’on paie des impôts pour contribuer au financement des établissements d’enseignement, des services de sapeurs pompiers ou même des armées, cela correspond à la rémunération d’individus chargés d’accomplir certains services pour le compte du public. Mais la part des impôts qui sert à assurer la subsistance de personnes ne pouvant trouver de travail, ou trop handicapées pour subvenir à leurs propres besoins, ou ayant atteint l’âge de la retraite, ne correspond pas à la rémunération d’un effort. Il s’agit purement et simplement d’un transfert d’une forme de responsabilité sociale institutionnalisée qui fait aujourd’hui partie de la vie de toute nation industrielle. C’est en fait l’équivalent public de la charité privée. Mais aucune production n’intervient en échange d’un transfert, par exemple un versement d’allocations familiales, aussi ces paiements restent ils en dehors du calcul du PNB. Il en est de même des transferts de fonds dans les jeux d’argent, des achats d’actions et d’obligations, des indemnités en cas de catastrophe naturelle. Ces flux monétaires, malgré leur valeur et leur importance, ne reflètent pas l’activité de production que le PNB doit mesurer.

En réalité, lorsque les statisticiens du ministère du Commerce calculent le PNB, ils imaginent le passage du fleuve de la production par quatre caisses de sortie plutôt qu’une seule. L’une totalise les dépenses des particuliers en biens de consommation. La seconde totalise les investissements intérieurs privés du pays tout entier, c’est à dire essentiellement les bâtiments industriels, leur équipement, et les constructions à usage d’habitation. La troisième enregistre toutes les dépenses publiques, qu’il s’agisse de biens de consommation ou d’équipement. Il n’existe en fait aucune raison de* ne pas séparer les biens de consommation des biens d’équipement en matière de dépenses publiques, comme on le fait pour les dépenses privées, et cela pourrait même faciliter la compréhension du rôle du gouvernement dans l’économie. Mais ce n’est pas l’habitude, aussi le fonctionnement des cantines scolaires et la construction de nouvelles lignes de métro viennent ils se ranger dans la même rubrique.

Enfin, une quatrième caisse enregistreuse totalise les produits américains vendus à l’étranger, puis l’on soustrait de ce total les produits achetés à l’étranger. En général, les États Unis vendent plus à l’étranger qu’ils n’achètent, le PNB comporte donc une portion de balance positive des échanges, ruisselet né sur le territoire américain et qui se fraye un chemin à travers les frontières.

Le chiffre du PNB que l’on peut connaître est donc la somme de quatre additions séparées comprenant plusieurs centaines de chiffres et d’évaluations détaillées de la production nationale.

Un dernier détail : en totalisant le PNB, les statisticiens officiels n’enregistrent pas la valeur d’un bien produit à chaque vente de celui ci. En effet, cela les conduirait à additionner la valeur d’un boisseau de blé vendu au silo, le blé vendu au meunier, la farine vendue au boulanger, le pain vendu au supermarché et enfin la baguette vendue au consommateur. Cela donnerait un chiffre beaucoup plus fort que la valeur finale de la baguette, pourtant il n’est pas douteux que la valeur de cette baguette contient tous les versements effectués antérieurement au boulanger, au meunier, au silo, et à l’agriculteur.

Ainsi, les statisticiens ne suivent que le produit final sans tenir compte des produits intermédiaires. Et chacune des caisses enregistreuses fait le total de l’une des catégories de ces biens, : biens de consommation, biens d’équipement, dépenses de l’État, exportations nettes.