Accueil du site /

 

 La dimention politique

La nature troublante, bouleversante, révolutionnaire du système de marché et du progrès technologique dressait le décor d’un dernier aspect du capitalisme qui mérite d’être remarqué : les courants politiques de l’évolution qu’il apportait, et qui font partie de son histoire aussi bien que l’apparition du système de marché ou le démantèlement des barrières opposées aux transformations techniques.

L’un de ces courants politiques fut l’essor des institutions démocratiques ou parlementaires. Les institutions politiques démocratiques remontent à une époque très antérieure au capitalisme, comme l’indique l’histoire d’Athènes dans l’Antiquité ou du système parlementaire médiéval en Islande. Cependant, la montée des classes commerçantes fut étroitement liée à la lutte contre les privilèges et les institutions légales du féodalisme européen. Le mouvement historique qui balaya finalement l’ordre économique précapitaliste balaya aussi son ordre politique. Parallèlement à l’apparition du système de marché, nous constatons l’émergence d’un mode de vie politique plus ouvert et plus libertaire.

Il importe de résister à la tentation de prétendre que le capitalisme garantit la liberté politique ou lui est indispensable. Nous avons vu certains pays capitalistes tels que l’Allemagne préhitlérienne tomber dans la dictature totalitaire. Nous avons vu d’autres capitalismes comme celui de la Suède évoluer vers une sorte de socialisme sans compromettre les libertés démocratiques. De surcroît, l’exercice de la démocratie sur le plan politique était très limité dans les débuts du capitalisme : Adam Smith, par exemple, bien que relativement à l’aise, ne possédait pas des biens suffisants pour avoir le droit de vote.

Il est pourtant vrai que les libertés politiques n’existent pas, ou à peine, dans les nations communistes qui ont délibérément cherché à éliminer le système de marché. Cela suggère, mais sans le démontrer, l’existence d’un lien vital entre les privilèges démocratiques tels que nous les connaissons et la société ouverte régie par le contrat économique, qu’elle soit capitaliste à proprement parler ou non.

En raison de la liberté économique sur laquelle reposait le système de marché, la philosophie fondamentale du capitalisme depuis l’époque d’Adam Smith a été le principe du laissez faire*. En poursuivant notre étude du système économique, nous retrouverons l’évolution de cette idée laisser. le marché fonctionner de lui même et nous verrons ce qu’il est advenu du système, avec ou sans laissez faire.

Mais il est beaucoup trop tôt pour entamer la discussion sur ce point ; contentons nous de dire que si le capitalisme apporta un puissant élan au laissez faire, il mit aussi en jeu une forte tendance à l’intervention économique. Ces mêmes libertés démocratiques, ces mêmes égalités politiques encouragées par l’essor du capitalisme devinrent des forces puissantes cherchant à infléchir ou modifier le fonctionnement du système économique. Quelques années à peine après l’époque d’Adam Smith, l’idée même du laissez faire était violée en Angleterre par le Factory Act de 1833, loi industrielle qui mettait en place un système d’inspecteurs pour éviter les abus à l’égard de la main d’oeuvre enfantine et féminine. A notre époque, le même souhait politique de corriger le libre fonctionnement du laissez faire capitaliste a donné naissance au système de sécurité sociale, qui fixe un plancher social sous le système de marché, et aux législations de protection de l’environnement qui limitent le fonctionnement du marché dans certains domaines.

Dès le début, le capitalisme fut donc caractérisé par une certaine tension entre laissez faire et intervention le laissez faire représentant l’expression de ses tendances économiques, l’intervention celle de son orientation politique démocratique. Cette tension existe encore aujourd’hui, et fait partie intégrante du caractère historique du système capitaliste.