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 Portugal : leçons pour l’innovation dans l’entreprise

Comment appelle t on les habitants de Porto ? Les mangeurs de tripes. Pourquoi ? Parce qu’ils ont dû se nourrir d’abats après que tout le cheptel de la région ait été réquisitionné pour ravitailler l’escadre d’Henri le Navigateur. C’est là que commence la grandeur du Portugal, courte mais riche en enseignements pour toute entreprise. En 1415, Henri le Navigateur part donc à la tête de deux cents bateaux construits à Porto à la conquête de Sebta. Un enjeu militaire certes, mais surtout économique. Son contrôle permet au Portugal d’envisager une voie maritime vers l’Orient et son Graal : les épices. Mais la Méditerranée est sillonnée par les Vénitiens et les routes terrestres au Moyen Orient sont contrôlées par les marchands arabes : il faut une autre voie.

Henri le Navigateur construit alors à Sagres un centre de recherche en navigation, cartographie et astronomie dans le but de découvrir une route maritime vers l’Inde en contournant l’Afrique. Voici les étapes franchies : 1419 Madère, 1427 Açores, 1434 Cap Bojador, 1456 lies du Cap Vert. Henri meurt en 1460, mais l’élan continue (j’invite le lecteur à ne pas sauter les parenthèses qui suivent) : 1481 expédition en Guinée (Christophe Colomb, résident portugais depuis 1476, est capitaine d’un des onze navires), 1482 Congo, Angola (en 1483, Colomb présente son idée au Roi portugais Jean II : celui ci nomme une commission de trois experts mais ils refusent l’idée), 1488 Cap de Bonne Espérance (1492 Colomb atteint l’Amérique pour le compte de l’Espagne, 1494 Traité de Tordesillas avec l’Espagne qui se réserve toutes les terres à découvrir dans ce qui sera en effet le continent américain, exception faite de la partie orientale de l’Amérique latine, le futur Brésil découvert plus tard par les Portugais). Enfin, en 1498, Vasco de Gama atteint l’Inde et inaugure le début du monopole portugais sur le commerce d’épices, monopole consolidé en 1509 avec la prise de Malacca en Malaisie, jusque là dominée par les Vénitiens. Le rêve est il alors accompli ? Oui, mais la décadence est rapide : en 1522, le Portugais Magellan effectue le tour du monde, mais il le fait alors pour le compte de l’Espagne qui s’approprie les richesses immenses des Amériques et devient une puissance mondiale. Entre temps, le monopole du Portugal sur l’Extrême Orient est menacé par les nouveaux venus, mieux organisés pour le commerce : les Hollandais. Peut être qu’en pressentant l’échec de sa stratégie maritin 1578, le Roi Sebastien I improvise une stratégie terrestre Maghreb : « La bataille des trois rois ». Il la perd et, deux ai plus tard, le Portugal passe sous le contrôle de l’Espagne. Quelles leçons retenir pour l’entreprise ? Voici un petit pâque qui, grâce à un objectif économique ambitieux (le monoprix du commerce d’épices) et à une stratégie innovante (la recherche d’une route maritime contournant l’Afrique), enchaîne des conquêtes et devient la première puissance mondiale. Pendant ce temps, toutefois, les dirigeants sont totalement absorbés par l’exécution de leur « plan d’action stratégique » et ne reconnaissent aucun autre objectif économique, aussi innovant et prometteur soit il (l’Améric Le refus de l’idée de Colomb exprimé par les trois expert un exemple typique des oeillères qui empêchent les entre de voir tout autre option lorsqu’elles mènent une stratégie cours. D’autres exemples : dans les années 1930, les fabriqués américains des locomotives à vapeur ont ignoré le moteur diesel (ils sont morts en cinq ans). Dans les années 1980, Digital, leader de mini ordinateurs, s’est moqué des PC (morte également, rachetée par Compaq). En 2000, leader d’accès Internet par téléphone, a ignoré le haut dél est en train de mourir).

En 1942 déjà, l’économiste autrichien Joseph Schumpete : reprochait aux dirigeants de se préoccuper davantage de I : gestion des structures existantes que de la manière dont e sont créées et détruites. Et à David Teece, professeur à Berkeley, de renchérir que les dirigeants préfèrent la rente actifs actuels aux retours incertains des innovations risqué Que faire alors ? Impliquer l’ensemble des salariés de l’entreprise dans l’innovation. Christophe Colomb n’était un dirigeant portugais, mais un simple navigateur intrigua son idée. Une récente étude montre que 80% des innovât de rupture proviennent des gens qui sont au moins à trois niveaux hiérarchiques au dessous de la direction. C’est à des marins et des capitaines à la mer, des gens de terrain. pour que ces gens de terrain puissent exprimer et participe la réalisation de leurs idées, ces dernières doivent être géni l’aide d’un vrai Système de Management des Idées. A ce propos, je renvoie à mes articles parus dans les deux numéro précédents d’Economie et Entreprises..