Des experts étrangers s’attaquent au marché
Avec le démantèlement douanier, les entreprises marocaines sont de plus en plus appelées à des professionnels surtout étrangers en la matière, Excel et Geodis Overseas Maghreb, s’échinent à démarcher k plus de clients. Ils sont pour la majorité des multinationales et des entreprises de grands groupes marocains.
Au Maroc, la logistique est toujours le parent pauvre de l’organisation. Et pourtant, c’est là que des gisements d’économie et de productivité sont les plus importants. Les économies peuvent être, en fonction des prestations traitées, de 15% sur le budget logistique et de 10% sur le budget transport. Normalement, ces prestations peuvent s’étendre de l’expertise et du conseil à la supplie chaine (Management de la chaîne de distribution dont l’objectif est d’intégrer et d’optimiser au niveau global les flux fournisseurs clients), concept clé de la logistique que ni les PME, ni les grands groupes marocains n’intègrent. En effet, à part les multinationales, la fonction logistique et transport est toujours partagée entre le responsable des achats, le directeur commercial et le directeur industriel, à un moment où le patron de la logistique en Europe maîtrise tout le processus. D’ailleurs, entre sociétés d’un même groupe, la concertation fait défaut. Chacune adopte ses propres méthodes de stockage et de transport. Or, rien que les synergies inter dépôt permettent des gains logistiques qui dépassent les 20%. Des estimations que des professionnels en la matière ont dû relever de par leurs expériences dans le domaine. Philippe Pillaud, gérant d’Africa logistique procès (société en partenariat avec différents opérateurs, européens ou mondiaux, leaders dans la logistique), est l’un des premiers logisticiens à s’apercevoir du potentiel important que recèle le marché marocain. « En arrivant au Maroc en février 2000, j’avais constaté que la logistique est un marché porteur. Au début, nous avons beaucoup travaillé sur l’expertise et le conseil surtout avec Mai fane et Cosumar. Après, nous avons pensé à offrir des solutions globales ». En effet, depuis 2000, c’est la société Diagma qui assure l’expertise et le conseil en logistique et Supply chain. Trois ans plus tard, c’était au tour d’Exel, leader mondial de la logistique développant ses services auprès des 250 plus importantes multinationales du secteur alimentaire et non alimentaire, de s’installer au Maroc. Il intervient pour le compte de deux multinationales, en l’occurrence Johnson&Johnson et Gillette. Celles ci ont décidé d’externaliser leur activité logistique. Leurs produits sont stockés dans l’entrepôt d’Exel.
La légitimité des logisticiens au Maroc
Exel offre également d’autres prestations. A l’heure actuelle, fa société est en négociation avec Cosumar et Lesieur, « nous travaillons sur la configuration des entrepôts. Nous allons déterminer les surfaces en fonction des flux entrants et sortants, du stock outil, du type et du nombre de clients et de véhicule », avance Philippe Pillaud. A préciser que la configuration des dépôts consiste à faire d’abord un audit approfondi. Il concerne la manutention, le stockage, le rayonnage, le type d’engins utilisés, les systèmes d’information de gestion de la distribution.. . Ensuite, des recommandations seront déclinées en termes de classification des flux, de définition de zones de positionnement de produits ou de capacité de stockage. Selon les logisticiens, une telle démarche permet aux industriel d’augmenter la surface de stockage de 20 à 25%, ainsi que de diminuer le nombre d’engins de manutention. En revanche, au niveau de l’entreprise marocaine, l’expert peut se heurter à des réticences. Le mot audit fait peur et ne sert pas les intérêts de certains employés de l’entreprise. En ce moment, bien qu’une demande se fait de plus en plus ressentir, il faut dire que s’attaquer au marché de la logistique au Maroc n’est pas sans difficultés. « Aujourd’hui, c’est le premier pas qui manque. Après, ily aura une espèce d’avalanche qui va deerler sur le marché », estime Malika, assistante logistique à Geodis Overseas Maghreb, filiale à 100% de Géodis France, proposant des solutions globales sur toute la chaîne logistique. Sa présence au Maroc, qui remonte à 1982, est plus orientée vers le transport et le contrôle qualité textile plutôt que vers le stockage. Pour le moment, plus de 99% de son chiffre d’affaires réalisé au Maroc est à l’international. Au Maroc, nous n’avons pas de légitimité parce que nous n’avons pas encore fait de logistique », considère Xavier Sanchez Simon, commercial à Géodis. Le client se rapporte plus aux références de son prestataire. Surtout que des acteurs non professionnels arrivent sur ce créneau.
La notion de logistique
En outre, les chefs d’entreprises n’ont pas encore assimilé la notion de logistique. « Dans la logistique, il n y a pas que du stockage ou du transport. Une entreprise qui fait du transport par exemple n’est pas censée faire de la logistique. Le logisticien s’occupe de toutes les formalités. Il se charge du transit, du contentieux, de l’assurance, du transport. . La logistique est une science de gestion qui permet de gérer les flux physiques et d’information. Son objectif est l’optimisation des flux d’approches », explique Sanaa Hassini, spécialiste en logistique. Toutefois, les choses devraient changer dans un avenir proche. Les décideurs seraient contraints dans les cinq prochaines années à externaliser cette fonction, véritable centre de coûts, pour se concentrer sur la production. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Europe lors de la constitution de l’Union Européenne surtout avec le développement des grandes surfaces. « Actuellement, les chefs d’entreprises ne se disent pas que la concurrence arrive. Ils n’ont pas une vision globale », avance Xavier Sanchez de Geodis Overseas Maghreb. Or, « une fois que les droits de douane disparaîtront, le marché sera submergé de produits étrangers. C’est à ce moment là que l’intervention d’un logisticien sera urgente », souligne Sanaa Hassini. Le démantèlement douanier est considéré par les professionnels comme une des sources de développement de la logistique au Maroc. A cela s’ajoute la concentration des sites de production sur Casablanca et la présence de nombreux dépôts en province. Comme l’explique Phillipe Pillaud, »des entrepris es peuvent avoir des entrepôts dans des villes différentes sans aucune synergie. Dans ce contexte, le logisticien a beaucoup d’optimisation à réaliser. Il peut intervenir pour réduire même le nombre d’entrepôts. D’ailleurs, que ce soit Exel ou Geodis Overseas Maghreb, ils estiment que l’année 2004 sera une année charnière. Selon Philippe Pillaud, « il est probable avant la fin de l’année en cours que des contrats soient signés pour la construction d’entrepôts. Des négociations sont en cours avec des multinationales ». Il en est de même pour Géodis Overseas Maghreb dont les responsables affirment que la société est actuellement sur de grands projets. Par ailleurs, certes, dans sa démarche, l’expert va assister la société dans la mise en place de la nouvelle approche, mais, la formation du personnel est un préalable indéniable. Il ne s’agit donc pas de se limiter à former les gens pour l’utilisation du système, mais à les former également à la logistique. Il ne s’agit pas non plus d’installer des logiciels de logistique sans qu’ils soient utilisés. Comme c’est le cas à la RAM qui s’est dotée du logiciel EDI (Echange de données informatisées) sans veiller à sa mise en application. A quoi bon donc engager des fonds importants sans penser à les rentabiliser. Ce sont des systèmes qui coûtent cher. A titre d’illustration, l’installation d’un progiciel pour l’optimisation des placements dans l’entrepôt peut coûter 500.000 dirhams à deux millions de dirhams..