Bourse de Casablanca : au boulot
Le principal gain du renouvellement de l’équipe dirigeante de la Bourse de Casablanca est le consensus et le gouvernement d’entreprise. Le respect des bonnes règles de gestion facilite la prise de décisions et assure une meilleure visibilité. La feuille de route est tracée, mais le résultat dépendra de son application.
La nouvelle équipe aux commandes de la Bourse de Casablanca vient de valider la stratégie de développement de la société gestionnaire pour la période 2004 2006 baptisée « Future 2006 ». A première vue, certains passages sentent le réchauffé, mais à y voir de plus près, cette feuille de route se distingue tout de même par la précision de ses axes et dénote le courage de ses signataires. Le courage de se fixer des objectifs chiffrés et celui de reconnaître les faiblesses de la place nationale : mono profil d’actionnaires, mono marché, mono produit, nombre d’émetteurs cotés insignifiant, nombre d’investisseurs physiques trop faible. Cela change un peu des classiques « orientations stratégiques » vagues et illimitées dans le temps. Le travail présenté par le directoire au conseil de surveillance, qui s’est réuni le 23 avril, a été conçu dans une logique de bonne gouvernance d’entreprise, selon les principes mis en place par les administrateurs afin de mettre à niveau les règles de gestion de l’institution.
Une fois appliquées, ces nouvelles pratiques ont permis de faire évoluer plus rapidement les choses, poussées par le consensus enfin retrouvé autour d’un seul et même objectif, celui de trouver les solutions adéquates pour remettre le marché boursier sur les rails. « Nous avons une des Bourses les plus sophistiquées, mais qui n’arrive toujours pas à jouer son rôle de moteur du financement de l’activité économique. Le défi de ses dirigeants aujourd’hui est de la placer au cour de l’économie, à l’instar de ce qui se fait par ailleurs », affirme Driss Bencheikh, président du directoire de la Bourse de Casablanca. Pour cela, Une délégation composée de responsables de la société gestionnaire, du CDVM et du ministère des Finances ont fait le déplacement en Europe afin de rencontrer leurs homologues et s’imprégner de l’expérience d’autres pays qui ont réussi. Parallèlement, un bilan de la crise et de la situation actuelle a été dressé et une étude sur l’épargne nationale lancée. C’est sur cette base qu’a été tracée la marche à suivre synthétisée dans une stratégie de développement à trois axes. Le premier n’est autre que le voeu, jusque là pieux, d’élargir le nombre de sociétés cotées. Sauf que cette fois ci, les dirigeants ont décidé de prendre le taureau par les cornes en adoptant une démarche marketing bien définie et en y mettant les moyens humains et financiers nécessaires. Mais la principale différence entre cette stratégie et ses aînées, et elle est de taille pour ceux qui connaissent l’histoire de la Bourse de Casablanca, est que celle ci implique beaucoup plus les banquiers clans cette démarche. D’où l’idée d’ouvrir le conseil d’administration de la Bourse à des représentants du secteur. Le directoire et son conseil de surveillance doivent faire preuve d’imagination et oser proposer des produits innovants, capables de stimuler l’offre et la demande sur le marché des actions. Tirant les leçons de différentes études antérieures sur les blocages à l’introduction en bourse, les dirigeants poussent la réflexion à l’extrême. Ils songeraient même à la mise en place d’un fonds, à la canadienne, qui apporterait l’assistance et l’aide financière nécessaires aux entreprises « cotables » afin de dresser des « devis » financiers et familiariser le management avec la Bourse en tant qu’outil de financement de leur développement. Une sortie d’investissement à fonds perdu, mais dont les retombées seraient prometteuses.
Doubler le nombre de sociétés cotées
L’équipe de la tour de verre de l’avenue des FAR se fixe comme objectif ,e doubler le nombre de sociétés cotées lors de la prochaine décennie, pour le porter à une centaine. Ce qui paraît beaucoup plus réaliste que les annonces en fanfare affirmant la possibilité de recruter au moins 200 entreprises en deux ou trois ans sous prétexte que celles ci n’attendaient qu’à être démarchées. Mais pour réussir cette mission, il faudrait faire progresser de 20% le nombre de sociétés cotées durant les trois prochaines années. L’autre défi majeur auquel s’attaque le deuxième axe de la stratégie est le développement de la liquidité. Là encore, ce n’est pas une mince affaire. Il s’agit de multiplier le nombre moyen quotidien d’actions négociées et de contrats enregistrés par 7 pendant la prochaine décennie. Il s’agit également de multiplier par 20 le nombre d’investisseurs physiques pendant la même période. Les indicateurs de négociations progresseraient ainsi de 25% en moyenne par an et le nombre d’investisseurs devrait croître de 50% en moyenne annuellement. Les dirigeants de la Bourse ont commencé par identifier les besoins de l’épargnant national et analyser son comportement sur la base d’une étude de terrain réalisée par un cabinet spécialisé. Plusieurs actions ont ainsi été identifiées dont notamment les partenariats avec les chambres de commerce, la Poste, les centres régionaux d’investissement... ainsi que la nécessité de convaincre le gouvernement de mettre à la disposition de l’épargnant des produits d’épargne longue qui prendront la relève de l’exonération fiscale reconduite à 2006. Ceci en plus d’un certain nombre de mesures relatives au développement technique et réglementaire avec essentiellement la révision du barème des commissions, la réduction du nominal des actions cotées, la création de nouveaux types d’ordres...
Couverture du risque
Mais la véritable révolution de la stratégie 2004 2006, c’est la création d’un marché à terme de taux. « Le développement du volume des transactions sur les bons du Trésor depuis 2000 nous permet de dire aujourd’hui que le marché au comptant est suffisamment animé pour accueillir un marché à terme. Cela l’aiderait même à se développer davantage », explique Driss Bencheikh. Il était temps de mettre en place des instruments de couverture de risque et de proposer des produits sophistiqués et innovants et cela n’est possible qu’avec un marché à terme de taux. C’est un instrument financier qui servira les besoins des investisseurs en papier et permettra d’ordre pour Driss Bencheikb, président du directoire, et son équipe à la Bourse de Casablanca d’acquérir un savoir faire dans la gestion des marchés dérivés. Il ne faut plus se focaliser sur le marché des actions. La demande existe également sur les produits obligataires. Il n’y a qu’à voir le succès de l’émission des ORA (obligations remboursables en actions) lancée par Risma, le fonds d’investissement d’Accor. C’est un bon exemple de financement de l’investissement via le marché financier. Maintenant que le plan de développement pour les trois années à venir est tracé, qu’il est pratiquement validé par les partenaires de la société gestionnaire, à savoir le CDVW et le ministère des Finances, il ne reste plus à l’équipe de Rachid Tlemçani, président du conseil de surveillance de la Bourse de Casablanca que de se retrousser les manches et passer à l’action.